Le châtiment d’une fête pendant l’épidémie par E.A Poe

Le Masque de la mort rouge est une nouvelle d’Edgar Allan Poe, publiée pour la première fois en 1842 dans un magazine de Philadelphie. Cette nouvelle est idéale pour terminer le confinement. Nan je rigole. Comme souvent chez Poe, elle est du genre à donner envie de rester seul chez soi. Le Masque de la mort rouge, c’est l’histoire d’un prince intrépide qui donne un grand mal masqué en période de peste. 

Comme souvent, c’est Charles Baudelaire qui traduit cette nouvelle de Poe. Elle fait partie du recueil des Nouvelles histoires extraordinaires. Le Masque de la mort rouge répond aux codes du roman gothique, notamment du fait de son cadre. Les longues scènes de description accentue encore cette catégorisation. C’est une allégorie de la mort qu’on ne peut pas repousser, malgré les efforts et les précautions. Glaçant de le lire à la veille du déconfinement en France. 

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Illustration de Harry Clarke, 1919

Une forme de peste dépeuple un pays qui n’est pas nommé. Celui qui est infecté par l’épidémie est pris de vertige, des tâches rouges apparaissent sur son corps et en une demie-heure, il est mort. 

Le Prince Prospero qui vit sur les domaines de l’épidémie est décrit comme heureux, intrépide et sagace. Il fait venir 1000 jeunes gens, femmes et hommes, dans l’une des ses abbayes pour se confiner avec eux. Il entend bien ne pas cesser de vivre, mais souhaite tout de même se couper du monde. Le lieu est immense, bien fourni et largement décrit dans la nouvelle. 

Environ 6 mois après le début du confinement, le prince Prospero décide de donner aux convives un grand bal masqué. Dehors le virus tue plus que jamais, et à l’intérieur, la fête bat son plein. Mais à minuit, la grande horloge laisse apparaitre un nouvel invité. Il porte un masque qui retient l’attention de tous, et provoque le dégoût et l’horreur. 

« Le masque qui cachait le visage représentait si bien la physionomie d’un cadavre raidi, que l’analyse la plus minutieuse aurait difficilement découvert l’artifice. (…) Son vêtement était barbouillé de sang, — et son large front, ainsi que tous les traits de sa face, étaient aspergés de l’épouvantable écarlate. »

La plaisanterie n’est pas au goût du prince Prospero. Ce dernier poursuit l’invité mystère et au moment de le poignarder, tombe mort en un cri. Les convives tentent alors de s’en prendre à l’assassin. 

« Ils se sentirent suffoqués par une terreur sans nom, en voyant que sous le linceul et le masque cadavéreux, qu’ils avaient empoigné avec une si violente énergie, ne logeait aucune forme palpable. »

Le fantastique fait son apparition dans la nouvelle, et provoque une chute violente et sans retour possible. 

« On reconnut alors la présence de la Mort rouge. Elle était venue comme un voleur de nuit. Et tous les convives tombèrent un à un dans les salles de l’orgie inondées d’une rosée sanglante, et chacun mourut dans la posture désespérée de sa chute. »

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Illustration d’Aubrey Beardsley / 1894-1895

Le Masque de la mort rouge est un texte bref et fulgurant comme l’épidémie. Même en confinement, la mort peut venir et sait où trouver les intrépides qui pensaient se jouer d’elle. Au moment de retrouver une part antique de nos libertés, prenons nos précautions, respectons les consignes. (Rappel : vous ne pourrez pas organiser un bal masqué avec 1000 invités, les regroupements dans un cadre privé sont limités à 10 personnes.

Les interprétations varient sur le sens de la nouvelle. S’il est assez simple d’admettre que les grandes descriptions des pièces de l’abbaye sont les représentations de différents types de personnalités humaines. Pour le grand sens de la pièce, on peut voir une allégorie des vaines tentatives humaines pour conjurer la mort. Une autre lecture soutient la thèse sociale, les riches subissent le sort qu’ils méritent en raison de leur indifférence au sort du monde. Dans le récit la Mort est une forme de sanction logique qui résulte de la dépravation morale des confinés de l’abbayes. 

Bonus : Bien que la nouvelle ne soit pas le texte le plus connu de Poe, il est une référence certaine pour un bon nombre de créateurs depuis sa publication. Il a connu plusieurs adaptation au cinéma ou a servi d’inspiration, comme pour le scénario de La peste à Florence de Fritz Lang, en 1919. Dans la littérature, c’est surtout chez les auteurs policiers que la nouvelle fait des émules, Stephen King, Dan Simmons ou Tom Wolfe y font référence. 

Le texte est dans le domaine public, vous pouvez le lire ici.


Arthur Guillaumot / Dernières paroles de l’empereur Marc Aurèle / Eugène Delacroix, 1844

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