Marceline Desbordes-Valmore, en vers et en pleurs

Marceline Desbordes est née en 1786, à Douai. Elle est morte à Paris, en 1859, s’appelant Marceline Desbordes-Valmore et ayant fait de ce nom un impérissable de la poésie française. Elle était surnommée Notre-Dame-Des-Pleurs, après une vie émaillée de chagrins et de drames. Immense poétesse, maudite vivante, auteure d’une poésie lyrique et romantique unique, Marceline Desbordes-Valmore a marqué la poésie française. 

Et pourtant, elle est injustement méconnue. Peu étudiée, trop peu lue aujourd’hui, elle est un secret bien gardé, mais une vraie figure de la littérature. Marceline Desbordes-Valmore est la première des poètes du romantisme. Rien que ça. Sans elle, pas de Verlaine, qui lui doit le vers à 11 pieds. Rien que ça. Balzac, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Aragon entre autres reconnurent ses apports majeurs. Rien que ça.

Au début de sa carrière d’artiste, elle est plutôt actrice, mais elle interrompt ses activités pour une liaison avec un jeune homme de bonne famille qui lui donne un fils. La famille est trop prestigieuse et refuse un mariage avec une ancienne comédienne. Fin de la romance. Marceline Desbordes retourne au théâtre, mais son fils meurt. Elle épouse alors un acteur, le dit Valmore, qui lui donne 4 enfants. Bon ok, seulement 3, elle avait un amant, l’une de ses filles est de lui. Un seul de ces enfants lui survivra. Toute sa vie est émaillée par la mort prématurée de ses proches. 

La vie amoureuse de Marceline Desbordes-Valmore est tourmentée et influence largement son oeuvre. Mariée avec Valmore, elle entretient une relation passionnée avec l’écrivain Henri de Latouche. Une relation qui survivra à son mariage et inspirera Les séparés, l’un de ses plus célèbres poèmes, publié après sa mort, dont voici un extrait : 

N’écris pas. Je suis triste, et je voudrais m’éteindre.

Les beaux étés sans toi, c’est la nuit sans flambeau.

J’ai refermé mes bras qui ne peuvent t’atteindre,

Et frapper à mon cœur, c’est frapper au tombeau.

                  N’écris pas !

Les séparés, Poésies inédites, (posthume), 1860

Le premier recueil de poésies de Marceline Desbordes-Valmore, Élégies et romances est publié en 1819, elle commence à écrire pour différents journaux. À cette époque, elle déménage avec son mari à Lyon. Elle entretient une relation douloureuse à distance avec son amant, et une correspondance soutenue. 

Après 1823, à 37 ans, Marceline Desbordes-Valmore arrête le théâtre et se consacre à la poésie. Son travail est celui d’une autodidacte, guidée par la spontanéité des mots, et le lyrisme des sensations. Ainsi, vous pouvez en lisant ses poèmes, noter l’utilisation imagée des fleurs, qui reviennent inlassablement dans son oeuvre. 

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Marceline Desbordes-Valmore par Nadar en 1854

Les recueils les plus aboutis de la poétesse sont Élégies et poésies nouvelles (1825), Les Pleurs (1833), Pauvres Fleurs (1839). Une partie de son oeuvre est publiée à titre posthume.

Une partie de l’oeuvre de Marceline Desbordes-Valmore est publiée à titre posthume. 

Sainte-Beuve, le plus célèbre des critiques littéraires français, son contemporain, dira d’elle « elle a chanté comme l’oiseau chante » et parlera de sa poésie comme d’une poésie passionnée, tendre et unique en son temps.

Moderne sans le savoir elle-même, Marceline Desbordes-Valmore inspirera les poètes de la fin du XIXème siècle. Incomprise de son vivant, puis reconnue, underground sans le savoir non plus, elle est une figure incontournable de la poésie romantique. Pour toujours. Malgré sa vie, et pour la beauté de ses mots, pour ses vers, polis parfois, brillants souvent, pour les pleurs et pour les fleurs. 

« Et moi, je veux des fleurs pour appuyer ma vie ;
A leurs frêles parfums j’ai de quoi me nourrir :
Mais elles vont mourir… Ah ! je leur porte envie ;
Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir ! »

Les fleurs, issu du recueil Les pleurs, 1833


Arthur Guillaumot

Illustration : Pieter van Steenwyck, Vanité x Constant Joseph Desbordes.

 

 

 

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