Ichon : « J’essaie de rendre le monde meilleur quand j’écris. » / Interview

Un album pour dire le goût de la pluie, mesurer le niveau de l’eau, raconter le bleu, célébrer l’Amour. Un album fait d’étoffes. Un disque ample, qui drape des obsessions autant qu’il ouvre sa cape à des gestes artistiques radicaux. Ichon est un sage, ses silences sont des paroles qui se ressentent, sa parole, est une déclaration universelle. Pour de vrai. Grande discussion.

Pour de vrai, l’album de Ichon est sorti le 11 septembre. Ecoutez-le.

Arthur : Tu savais, avant de commencer à travailler sur cet album, Pour de vrai, qu’il allait être aussi intime ? 

Ichon : Je savais que j’allais faire un truc différent. Très intime. J’avais ce mot. Mais maintenant, je n’ai plus l’impression que c’est intime. J’ai l’impression de travailler.

Que c’est la matière et qu’à la fois tu es dépossédé et débarrassé ? 

Oui. Et j’aime bien. Ça ne me fait pas mal. À l’époque, il y a 2 ans, j’avais enlevé tout ce que j’avais sur instagram. J’ai posté juste une vidéo de ma psy et moi. Ma mère a flippé. Elle m’a appelé en pleurant. Elle me demandait qui j’étais sûr de ce que je faisais. Elle avait peur, de l’intimité que je livrais. 

Oui parce que c’est radical comme geste, déjà d’assumer d’aller chez le psy, c’est encore malheureusement tabou, et de publier l’entretien en plus…

C’est clair. Je ne vois plus ça comme ça. Je ne referai pas ça aujourd’hui. Je n’enregistre plus. Le faire une fois c’était suffisant. Je ne veux pas répéter les mêmes actes, les mêmes choses. Le travail je l’ai fait. 

Comme si tu avais usé la démarche ? 

Oui, c’est ça. 

Je savais que j’allais faire un truc différent. Très intime. J’avais ce mot. Mais maintenant, je n’ai plus l’impression que c’est intime. J’ai l’impression de travailler.

Tu as une saison préféré pour travailler, pour écrire ? 

Bien sûr. Malheureusement. L’hiver, on adore. Rires

Il fait froid, on est bien. 

Du coup, là tu as tout donné niveau promo, sorties et tout, pour être tranquille cet hiver ? 

Mais j’espère. J’espère que j’aurai enfin le temps de refaire de la musique. 

En ce moment j’imagine que c’est compliqué…

Je ne fais rien. Je bosse juste dehors, je rencontre des gens, je fais des interviews, je prépare les lives. Mais pas de musique. J’ai hâte. 

Et quand tu as sorti un projet aussi abouti, qui a demandé des années de réflexion, où tu vas loin en toi, il faut aussi prendre le temps. 

De ouf. C’est ce que je dis dans 911. “Je fais de la musique, j’essaye pas de me vendre. J’ai le temps, j’ai le temps.” C’est exactement ça. 

Et prendre le temps, ne pas enchaîner après un succès, c’est un geste radical aussi. Il y a des artistiques qui se brûlent les ailes. 

Absolument. C’est le capitalisme. 

De quoi tu te nourris, entre les projets ? Qu’est-ce qui te manque en ce moment ? 

Du surf. De la boxe. Le piano. Je veux apprendre à jouer encore mieux du piano. 

Pour jouer tout seul, du piano, sur scène, c’est un objectif ?

Oui, c’est ce que je vais faire ! L’Amour me nourrit aussi. Les Femmes. 

Photo : Keffer

Tu as moins de temps, même pour l’Amour ?

Oui, laisse tomber. J’ai peur carrément. En fait, je me suis renfermé en bossant sur cet album. J’ai un peu mis à l’écart mes sentiments. Je n’avais plus trop de temps. Je ne pouvais plus le donner. En plus, j’ai un certain âge maintenant. J’ai plus envie de faire les mêmes mouvs. J’ai pas envie de… C’est con. J’ai peur de le dire même. J’ai pas envie de pas construire. Mais en même temps, je sais qu’on construit tout le temps. Du coup j’ai peur là. Mais même de mettre un pied, où que ce soit. 

Mais, quand tu es un artiste, les gens s’éloignent de ton gré, ou contre ton gré ? Tu les sens t’éloigner et tu ne peux pas les retenir, et par honnêteté, tu sais que tu ne peux pas être dans une relation au moment de la réalisation d’un album ? 

Déjà, ça a été compliqué pour moi d’admettre que c’était ça. Moi, je ne me considère pas comme un artiste au point de me dire que parce que je bossais sur mon album, je n’avais pas le temps pour le reste. 

Tu te disais que ce n’était pas légitime ? 

Bah oui. Ça n’avait pas de sens pour moi. Mais en vrai, c’est vrai. C’est ouf. Mais ça serait pareil si c’était mon daron qui était en train d’ouvrir son restaurant et qu’il n’avait pas de temps à accorder aux autres. 

C’est une question de temps, et aussi d’occupation mentale ? 

C’est totalement ça. 

J’aimais trop la vie. Maintenant, je prends soin de la mienne. 

Et est-ce qu’il y a une peur, puisqu’on parlait de peur, quand on fait un album aussi intime, que les gens écoutent l’album et qu’ils déduisent des choses fausses sur toi ? 

Rires. Je pense que c’était plus comme ça avant. Quand j’étais fdp, tu vois ? Rires

Ah oui, c’est plus un album pour te racheter ? 

Oui voilà. Et là tout le monde va dire “Oh la la, il joue du piano.Rires

Quelle mascarade, on va tout révéler. 

Aha. C’était Pour de faux, le titre de l’album, en fait. Rires

Oui, nan, je pense avant plus. J’avais une réputation à paname. J’étais grillé. J’aimais trop la vie. Maintenant, je prends soin de la mienne. 

C’est un truc qui vient avec l’âge ou c’est une envie, un besoin ? 

J’ai juste eu envie de le faire. Il y a des frérots qui ont 40 piges, ils sont au même endroit. Je pense que tu peux ne jamais bouger en fait. C’est dur. Mes amis, Loveni, Myth Syzer, quand j’ai commencé à changer, à ne plus rapper sur les prods, c’était chelou. On était en stud et juste : “Nan désolé, ça sort pas les frères, j’ai pas envie de faire ça.” Ce n’était pas calculé Naturellement, j’ai eu envie d’autre chose. J’ai eu un blocage. Les prods, dans le studio, dans le 18ème, ça faisait boum boum boum dans ma tête. J’avais mal au crâne. 

William : Ça ne te touchait plus en fait ? 

Ça ne me touchait plus. Ça me poussait à raconter des choses négatives. Et moi je voulais aller vers du positif. 

Comme si tu avais eu à désamorcer une mécanique qui s’était installée. 

Oui, c’est ça. les derniers morceaux que j’ai fait dans ce mood, c’est les morceaux qui sont dans le dernier projet de Loveni, Une nuit avec un Bon Gamin. (paru en 2019, ndlr)

Et tous les morceaux où je suis, où je rappe, je dis que je vais changer, que je veux changer et que j’ai pas envie d’être là. C’est drôle quand j’écoute ça. 

Photo : Keffer

Et ça aurait pu rester des paroles ! Ça a pris combien de temps ?

Ça s’est fait par étapes déjà. Je crois que j’ai commencé par arrêter de voir plein de filles. C’est le premier truc. Ensuite, j’ai eu du temps pour moi. Que je donnais à une fille en particulier. Cette meuf ne prenait pas de drogues, elle fumait pas de joints, elle habitait à Saint-Maur. C’était lourd. Du coup je ne sortais plus. Elle avait un piano chez elle. Ça a commencé comme ça. 

Elle t’a initié au piano ? 

Elle m’a appris à jouer au piano un peu. Avec PH (Trigano, nldr) aussi. J’ai fait ma première chanson au piano. C’était il y a 2 ans et demi. Et là comme ça, petit à petit, parfois je remettais le pied dans le piège. Comme Loveni. Mais ça me faisait de plus en plus mal. 

Tu y allais pour vérifier que tu n’en voulais plus, que tu étais sur la bonne voie ? 

Au final, ça me montrait ça oui. Mais sur le moment, ça me manquait. J’avais peur de perdre mes potes. Ça parlait sur moi… En vrai. Tu vois ? 

Je faisais des vocalises dans le studio, ils se foutaient de ma gueule. Tu vois ce que je veux dire. Rires.

Mais la chance aussi au final, c’est que mes potos, c’est mes potos. En vrai. C’est aussi moi qui m’exprimait mal. J’ai agis comme un mec qui arrête de fumer et qui pointe du doigt ses potes qui fument. Tu vois ? Rires. Il est vener. “Ouais, tu fumes, c’est pas bien de fumer, moi j’ai arrêté.” 

C’était trop radical. Là aujourd’hui, j’ai hâte de refaire du son avec mes gars. En vrai. 

J’ai agis comme un mec qui arrête de fumer et qui pointe du doigt ses potes qui fument. Tu vois ?

Surtout maintenant que tu as cette distance et que tu peux faire l’aller retour. C’est comme si tu avais élargi ta palette. 

C’est ça. C’est du kiff. 

William : Et même, dans Pas de piano, sur Pour de vrai, en vrai, c’est du rap. 

Exact ! 

William : Je pense que tu as toujours été toi, mais là tu es vraiment toi. Mais j’ai toujours ressenti une sensibilité dans ce que tu fais. Même Fils de pute, c’est méga sensible, en étant brut. Tu as façonné ta pierre pour te montrer réellement. Et tu as toujours chanté. Cet album, c’est la suite logique et aboutie. 

C’est exactement ce qui s’est passé. 

William : Moi ça m’a fait plaisir que tu prennes ton talent à deux mains et que tu te jettes. Que tu retournes chez tes darons pour faire de la musique à fond. Je valide la prise de risque. Trop font la même chose toute leur vie. En écoutant l’album Pour de vrai, j’étais choqué. 

J’ai de la chance. Comme on disait, ça peut faire peur. Suite logique. Comme tu disais, j’ai pris les choses à deux mains. Avant j’assumais pas vraiment. Je chantais mais pas vraiment. Là j’ai appris à chanter. Du coup je maîtrise. 

Et si ça se trouve tu aurais jamais l’album, si tu avais pas eu cette palette là, sans chanter. 

Ah ouais je pense. 

Qu’est-ce que tu as tenté sur Pour de vrai

Jouer au piano, et chanter assis. Moi comme ça ? En plus c’est piano voix…

La première fois que j’ai fait ça, c’était pour le défilé de la marque Jour Ne, la marque d’une pote pour laquelle je défilais parfois. Elle m’a demandé si je jouais du piano. Moi j’ai dit que oui. J’ai fait crari. À l’époque, je mettais encore des gomettes sur le piano pour me repérer, mais là je devais jouer dans le noir… Il éteingent tout. Lumière que sur moi. Je suis comme ça et je dois chanter ma chanson. C’est chaud. Et ça s’est très bien passé. Mais je me suis entraîné deux semaines pour ça. Tout le monde m’a dit “Ah c’est bien comme ça.”. Moi je pensais que je faisais ça comme ça. Là pour moi j’avais tenté quelque chose. J’étais en équilibre, mais ça a fonctionné. À partir de là, j’ai dit let’s go. 

L’esthétique qui entoure le projet, avec des idées, de la forme, des visuels, qui participe à la totalité du projet, elle s’impose à un moment précis ? 

C’est venu avec la philosophie de ma life. Comme je disais, j’ai commencé par arrêter de voir des meufs. Tout s’est nourri comme ça. Si j’arrête de voir des meufs, ça veut dire que je dors chez mes parents. Si je dors chez mes darons, ça veut dire que je dois rentrer à telle heure, ça veut dire que je peux faire du sport, que je peux manger ça. C’est une mécanique. Ça a construit plein de choses. Ça m’a aligné. 

Du coup quand t’es aligné comme ça, même dans ton travail tu le deviens. Je l’étais déjà, j’ai toujours été impliqué dans mes visuels, mais moins dans la façon dont je communiquais. Du coup, j’ai compris que quand j’allais parler sur les réseaux, j’allais parler pour dire ce que je pensais vraiment. Sinon ça ne servait à rien. C’est du trop. Je ne voulais pas me polluer en disant des choses pour rien. Du coup, malheureusement, je ne poste pas les trucs d’autres gens. Quand je parle de mon truc, et c’est tout. C’est ça Ichon. C’est ça moi. C’est ça ma parole. Je suis passé par plein de phases. J’ai testé plein de trucs. J’ai enregistré plein de conversations. Je suis allé parler avec des gens dans la street. J’ai filmé plein de trucs. Il y a un docu. Vu que j’avais le temps en plus. 

Photo : Keffer

Je suis allé voir l’ensemble de mes potes de base. Ouais c’est important. Ceux avec qui je disais qu’on ferait des choses plus tard. Je suis allé les voir. “Toi t’as monté une compagnie de théâtre ? Viens on se capte, je te raconte ma life.” Du coup je racontais. Ça a fait naître plein de choses. Tout n’a pas abouti, mais par exemple, ça a donné par la force des choses le clip 911. 

Grâce au temps. Grâce au temps, sa mère. Quand tu prends le temps, et que tu n’as pas peur de n’arriver nulle part. Tu as plein de matière. Là on va faire un site avec un poto pour mettre une partie des formats dont je parlais. Une infime partie. C’est du condensé. J’ai passé des mois à faire des vidéos, la plupart ne seront pas utilisées, comme les enregistrements. Tout ne peut pas aboutir. Pourtant mon téléphone était surchargé. C’est pas grave. C’est dans l’air. 

Tu pars d’un truc, tu le tires le plus loin possible. 

J’essaie de rendre le monde meilleur quand j’écris. Vraiment.

Tu fais de la musique pour qui, pour quoi ? 

Franchement, sincèrement. C’est un peu prétentieux peut-être, mais c’est sincère. J’essaie de rendre le monde meilleur quand j’écris. Vraiment. La chanson Litanie ne s’appelait pas comme ça, elle n’avait pas vraiment de titre. Un jour une copine m’a dit que c’était une litanie. On a lu la définition d’une litanie. C’est une prière dans laquelle on répète les mêmes mots à la fin. 

C’est exactement ce qu’il se passe dans cette chanson, qui est un peu ma préférée. Parce que vraiment, il y a cette idée de la prière. Et à chaque fois que j’écris, je prie en fait. Sincèrement. C’est une prière. Je ferme les yeux et j’espère que ça passe, tu vois ? J’essaie de faire ça. 

C’est beau, l’écriture comme un acte sacré. T’étais en quête de quoi, en vrai, quand tu as commencé cet album ?

Quand j’ai commencé, je voulais continuer ce qui avait été commencé. J’étais dans une suite de Il suffit de le faire. J’avais déjà le titre Pour de vrai, je savais que ça allait être ça, mais je ne savais pas du tout ce que ça allait être. Je n’avais pas débloqué la mental, la philosophie. C’est quand j’ai rencontré PH Trigano, avec qui on a fait 70% de l’album. Quand j’ai commencé à jouer au piano. Là, j’ai commencé à me dire que l’album allait être différent. 

Musicalement, j’étais en quête de moi. J’en avais rien à foutre. 

C’était urgent ? 

Oui. J’en avais plus rien à foutre. PH composait des trucs au piano. Dès qu’il mettait des drums, je lui disais d’arrêter et de laisser uniquement du piano. C’était ma musique. Je le faisais pour moi. Piano, voix, j’écrivais. Je me sentais libre. Oui voilà, j’étais en quête de Liberté. 

Oui voilà, j’étais en quête de Liberté. 

Sans forcément savoir au début que tu avais besoin de plus de liberté ? 

Oui, je suis passé par plusieurs phases. J’avais plein de chansons depuis Il suffit de le faire. Elle pleure en hiver, je l’ai faite après Il suffit de le faire. Pas avec PH, avec un mec qui m’avait envoyé une prod. J’ai toujour écrit sur l’amour. C’est marrant, j’ai l’impression, moi, en vrai, d’avoir toujours dit la même chose. Mais juste la forme était différente. En plus, j’ai parfois voulu provoquer donc mon propos était parfois à d’autres endroits. C’était moins bien compris. Là, il n’y a plus de fioritures, je crois. Donc le propos est clair et compréhensible. Mais en vrai, j’ai toujours oeuvré à la “Paix dans le monde” entre guillemets. Je me suis juste parfois perdu dans le rap game. Dans mon égo. Ouais c’est ça, rap game, égo, ça va ensemble. 

Est-ce qu’il y a des obsessions dont tu n’arrives pas à te séparer, dans l’écriture et partout ?

Déjà, l’Amour et les Femmes. Même si j’arrive de plus en plus à m’en détacher de plus en plus. Malheureusement. Ça me fait peur. 

Photo : Keffer

Déjà parce que ça veut dire qu’on peut faire le tour d’une obsession ? 

Oui ça fait très très peur. Même la bouffe, c’était une obsession pour moi. Maintenant, je ne suis plus obligé de manger à midi. C’est ouf. Mais parce que je me sens mieux. J’ai plus d’énergie. Comme quand je ne suis pas obsédé par une fille. J’ai plus d’énergie. Je peux la mettre ailleurs. Je suis devenu, pas calme, je suis constant. Dans ma vie, dans mes émotions. Je ne vais pas m’énerver pour rien, puisqu’il n’y a rien qui m’énerve. 

Tu es apaisé ? 

Je suis apaisé. Mais j’aimerai te trouver une obsession. C’est ça le mot que tu as employé ? 

Oui ! Ça peut être un mot d’ailleurs. 

Hm. Amour, mort, pluie, ciel. 

La pluie, j’y pensais. Et pas parce que c’est le nom de notre média. 

Ah Première Pluie. D’ailleurs, c’est aussi pour ça que j’ai voulu faire l’entretien. Le nom est trop cool. 

Aha, on y reviendra avec la dernière question. Au moment de lâcher l’album, tu avais peur de la façon dont il allait être accueilli ? 

Pas au moment de lâcher l’album. Tout était prêt. J’étais carré. J’étais plutôt en retard dans de la préparation. Mais normal. Mais au moment de trouver une manière de le distribuer, quand il a fallu aller voir des maisons de disques. Ou pas. Mais à l’époque ça semblait obligatoire. Surtout avec l’ambition que j’avais de faire du travail bien fait. Tout coûte cher. Faire des clips, payer mon attachée de presse, payer les gens avec qui je travaille. En vrai. Surtout quand les gens sont là depuis trois ans. Rires

Du coup j’ai tourné pendant un an et demi auprès des maisons de disques. Jusqu’au jour où on m’a dit “Mais ça te ressemble pas.”.

Putain, comment je suis trop content de te le dire maintenant. Qu’une maison de disque me dise ça… Tu imagines ? C’est un truc de fou. 

Mais au début ça m’a fait peur. Parce que j’avais embarqué du monde avec moi. Du coup, au début, j’ai douté. Grave. Mais au final, ça m’a encore plus renforcé. Ça a renforcé tout ce que je suis en train de vous dire là. Limite, s’il m’avait pris, je ne parlerai pas comme ça. 

Tu as réussi à capturer une forme de Vérité ? 

Je crois que la vérité n’existe pas. C’est la Vérité d’un moment précis. 

T’as fait une photo de la Vérité. 

Oui. J’ai cristallisé un instant dans lequel je me sens bien. C’est déjà en train de changer. 

Et un album, ça sert aussi à ça, à poser des pierres, à mesurer le niveau de l’eau. 

Oui, c’est ce que j’ai fait je crois. Mesurer le niveau de l’eau, c’est pas mal.

Qu’est-ce que tu trouves transgressif ? 

Il y a tellement de choses. Je peux les citer ? 

Avoir une religion. Je trouve ça transgressif. 

Ne pas se marier. 

Être un artiste. Et encore. Être un artiste aujourd’hui, c’est peut-être plus si transgressif. Être vrai dans sa proposition c’est transgressif. Enfin, en fait, ne pas penser à l’oseille, c’est transgressif. C’est hyper transgressif. Ça devrait être la base. Surtout quand tu es artiste. Quand tu fais un métier de passion. Et parfois, dans certains endroits, travailler chez Franprix, dans des métiers comme ça, ça peut être transgressif. Porter ses couilles. Tu vois ou quoi ? 

J’ai même envie de dire, être keuf, c’est transgressif. Moi si demain j’arrive, et je dis que je suis un keuf, je serai transgressif. Mais je pense que si on parle entre nous, entre gens qui se comprennent, comme nous, on devrait avoir envie d’être keuf, aussi. Tu vois ? À la base, c’est juste faire respecter la loi. Mais malheureusement, aujourd’hui, c’est transgressif. 

Pas boire d’alcool, pas prendre de drogue. C’est transgressif. 

Qu’est-ce que ça t’évoque la Première Pluie ? 

C’est marrant, hier soir, il a commencé à pleuvoir, et on a dit que c’était la première pluie. Tout à l’heure aussi. 

Ça m’évoque l’entrée à l’automne, le début de l’hiver. Le début du cocon. Le début du confort. La première pluie est confortable. 

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Arthur Guillaumot x William / Photos : Keffer

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