Lala &ce, au dessus, du sens et des dessous (chic !)

Le cœur lourd de la force des parfums, de l’influence des fragrances, de la sensibilité des tissus humides après le sexe, du parcours des velours. Lala aime et Lala vit, suit ses rythmes, détourne des cours d’eau et coupe des routes, dans un premier album qui va changer beaucoup de choses en France. Elle a su rendre son œuvre universelle, tranchante autant qu’elle touche. Everything Tasteful, E.T, est sorti aujourd’hui.

Tout est de bon goût 

Everything Tasteful. Ce qu’elle explore, elle l’explique et inversement. Aventurière, elle vient comme elle est, mais sur son premier album, elle fait l’effort de l’universel. Déjà, on comprend mieux ce qu’elle dit. Ça y est, plus personne ne peut l’attaquer sur sa dalle des mots. C’est ce qui lui était reproché jusqu’alors, elle pouvait paraître se cacher derrière des mots saturés. Quand on passe cette vague, on comprend surtout que c’est une autre façon d’aborder la langue, qui offre de nouvelles possibilités, surtout musicalement. Mais Lala &ce a en fait toujours cultivé une science très aboutie du drapé.

Ce n’est pas toujours les mots qui comptent. Et par hasard, est-ce qu’on ne réécrit pas sans cesse le même poème ? Lala joue de ses obsessions de toujours, le sexe, l’argent, les vapeurs nocturnes. C’est ce qu’il faut comprendre quand elle intègre un morceau comme Atlantis, paru sur son premier ep, en 2017. Le vrai geste artistique, c’est un entre-deux entre la retouche et la découverte.

Pluie annoncée, juste une p’tite pill, j’suis lancée
Une chute romancée, juste un peu d’pluie annoncée

Parapluie

Quand on écoute Everything Tasteful, l’extrême humilité de Lala &ce frappe. Là où beaucoup pourrait prétendre faire la révolution avec un tel projet, Lala assume l’exploration. Et même admettre que tout est de bon goût, c’est autant se parer elle que bénir toutes les autres tentatives possibles. Ce n’est pas tant un concept album qu’un album de concepts. Lala chercheuse. Ce premier album s’inscrit plus qu’aucun autre dans la radicalité d’un Trinity. Vous avez compris ce qu’il nous reste à faire ?

Nonchalance intranquille

E.T / C’est l’abréviation d’Everything Tasteful. Pas de hasard. Lala, c’est l’extraterrestre qui nous veut du bien. Celle qui a vu pour nous et vient nous raconter le fruit de ses explorations. De Lyon, Lala est allée faire ses gammes à Londres, et maintenant elle pose ses valises à Lisbonne. Elle capte autant son équipe type, Rad Cartier, et Le Diouck, son coloc’ londonien Pucci Jr que des collaborations internationales, avec la texane S3nsi Molly ou le britannique Lancey Foux. Les sonorités passent aussi par la Côte d’Ivoire natale qui rejaillit sans cesse et depuis toujours dans son travail. 

J’prend mes affaires puis tes fesses, là, baby, bye bye
J’fais que travel et que flex et tu le prends mal

Show Me Love

Sous une nonchalance très affutée, qu’elle érige en mode de vie, Lala &ce pose aussi les bases d’une philosophie de l’intranquillité. Et les deux termes coexistent mieux qu’on peut le croire. Un album comme E.T ne se fait pas sans dérégler des horloges, sans tricher avec la nuit. Le coût du goût d’après.

De l’iconographie 

Lala &ce est ovniesque. Everything Tasteful, c’est la météorite qui va s’écraser dans un maximum de playlists. Et à la fin, plus personne ne s’interrogera sur Lala elle-même, on parlera enfin de sa musique. Parce que si son précédent projet Le son d’après (2019), le laissait augurer dès le titre, elle a de l’avance. Elle importe des sonorités encore peu entendues, peu exploitées dans l’Hexagone. Lala restera celle qui nous a mis à l’heure d’ailleurs. Son premier album dérègle, installe, interroge, prépare.

Let ! Second service

E.T, c’est aussi le « et », de la coexistence. La coexistence des oppositions, qui sont un peu le cheval de bataille de Lala. Une romantique, qui susurre pourtant pussy autant qu’elle peut sur le disque. Et une dure à cuire qui fleurit ses fissures, dans les nuits violettes. Le ET, du rajout, de la retouche éternelle, celle des peintres obsédées.

Pour son premier album, Lala a choisi de changer de producteur à chaque morceau. Juste histoire de varier encore les plaisirs. On passe de la douceur enivrante de Parapluie produit par PH Trigano, à l’hybridité qui craque comme la neige vierge de Cyborg avec les Pull Up Boyz (Rad Cartier et Le Diouck) en passant par à la maestria de Rolla sur Dodow&ve. Aussi vrai que Lala découpe comme il faut sur Sipa. L’intranquilité, c’est aussi ça. Se remettre en question sur chaque morceau. Anticiper, les coups sont lents mais violents, avec une apparente nonchalance.

Lala &ce a fait un album qui joint l’avant et l’après, les obsessions et les aventures. Un album calé pour le voyage, qui sacre une quête où les oppositions sont fascinantes. Les tendresses font des rebonds qui sont des histoires de fesses. Les fleurs ne fanent pas, elles mutent, de pétards en pétales. C’est un album très important, qui va changer beaucoup de choses. Lala fuse comme l’ace, ça y est. Lala est libre. Et tout le monde va comprendre.

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Texte : Arthur Guillaumot / Photos : Pierre-Ange Carlotti.

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