Sabrina Benmokhtar, le Printemps Européen de Génération.s – Interview

Génération.s est le parti fondé par Benoît Hamon. Pour ces élections européennes, il s’inscrit dans un cadre transnational, le Printemps Européen, aux côtés d’autres partis, d’autres pays. 

Voici leur programme :

https://europeanspring.net/wp-content/uploads/2019/02/EuropeanSpring-Manifesto-2019.FR_.pdf

https://www.viveleuropelibre.eu/programme

Nous avons rencontré Sabrina Benmokhtar, référente des Jeunes Génération.s à Nancy, et candidate en 8ème place sur la liste conduite par Benoit Hamon pour ces élections européennes. 

Arthur : Bonjour Sabrina Benmokhtar. Tu représentes, ici en Meurthe et Moselle à Nancy, Génération.s et tu es également candidate sur cette liste pour les élections européennes. Qu’est ce que, pour toi, l’Union Européenne ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Exactement ! Pour moi la construction européenne c’est un formidable projet, l’Union Européenne c’est aussi le seul échelon à laquelle où on peut mener des politiques pour la transition écologique donc en faveur du climat, proposer une transition écologique ambitieuse et efficace, peser face aux GAFA, aux géants du numérique qui menacent nos libertés fondamentales, créer de la solidarité et aussi accueillir des réfugiés.

Aujourd’hui, malheureusement, c’est surtout un outil au service du marché, c’est-à-dire que l’Europe nous voit plus comme des consommateurs que comme des citoyens. Le Parlement, qui est censé être le représentant du peuple, représente en réalité souvent plus les intérêts privés de certains lobbys, les intérêts commerciaux, que les nôtres.

Si cet outil est aussi puissant au service des libéraux, à combien et à plus forte raison sera-t-il puissant dans les mains au service des citoyens.

Arthur : Qu’est ce qui définit selon toi un citoyen européen ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Un citoyen européen, au-delà du sentiment d’appartenance et de pouvoir simplement voyager partout au sein de l’Espace Schengen, c’est aussi un projet, celui de pouvoir jouir des mêmes droits, dans chacun des pays dans lesquels on ira dans l’UE.

Arthur : Pourquoi la jeunesse doit être au cœur de ces élections ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : C’est important, parce que la jeunesse est mal représentée, surtout dans la sphère politique. La jeunesse doit être au cœur de cette élection car il est temps de pousser la construction européenne, quelle Europe on veut construire en tant que jeune, c’est l’Europe de demain qu’on construira et aussi celle que nous laisserons à nos enfants. On doit se mobiliser pour le climat, pour la répartition des richesses, et on ne doit pas laisser, pardonnez moi le terme, de vieux libéraux lobotomisés par le capitalisme décider à notre place. Si nous devions vivre dans un monde vivable, respirable, ce ne sera pas par la recherche d’une croissance infinie sur une planète dont les ressources sont finies.

Arthur : Qu’est ce que tu dis aux jeunes qui nous écoutent et qui hésitent à aller voter dimanche ? Qu’est ce qui peut changer s’ils vont voter le 26 mai ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Le 26 mai peut tout changer, dans le sens où nous ce qu’on défend c’est le lobby citoyen, on veut démocratiser l’UE et si les citoyens et les citoyennes se mobilisent, particulièrement la jeunesse parce que comme j’ai dis tout à l’heure, c’est le projet de construction européenne, on peut tout changer, on peut faire valoir nos intérêts face aux intérêts privés et on peut lutter contre les nationalistes et les libéraux ensemble.

Arthur : Est-ce que tu considères que la jeunesse est suffisamment représentée en politique, dans le discours et dans les rangs des différents partis. Je pense à Génération.s parce que toi tu es jeune, tu es 8ème sur la liste, il y a une candidate de 19 ans également, la plus jeune engagée, mais il y a peu de jeunes en politique. Pourquoi et en quoi ça pèse ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Alors non, la jeunesse n’est pas assez représentée en politique. Il suffit de regarder, comme tu l’as dit, les listes ou même les élus aux parlements nationaux ou européen. Aujourd’hui, on tente un peu de nous dicter quoi dire, quoi penser, on a un ton paternaliste à nous dire qu’on est mignon, on se mobilise pour le climat. Mais non, on est pas mignon, on veut faire entendre notre voix, on est pour l’émancipation de la jeunesse, on veut faire entendre nos idées et de toute manière, j’ai envie de dire c’est la jeunesse qui fera le monde de demain.

Arthur : Est-ce que tu peux me citer une action, un moment, une mesure qui fait honte à ton sens à l’UE ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Oui, la honte de l’UE c’est l’immense tombe qu’est devenue la Mer Méditerranée. Depuis 5 ans, 14 000 êtres humains sont morts dans l’indifférence la plus totale et c’est même pire car ceux qui leur viennent en aide, les associations humanitaires, sont traitées de criminels et de complices des passeurs. C’est une honte, une honte absolue.

Arthur : On pense par exemple à l’Aquarius qui n’a pas de pavillon français par exemple, qui l’a réclamé et qui est resté bloqué au port de Marseille.

Sabrina Benmokhtar, Générations : Oui et j’insiste sur le fait qu’il n’existe pas de crise migratoire, les flux migratoires se tarissent depuis quelques années. On a juste une crise de l’accueil parce qu’il y a une absence de volonté politique de vouloir organiser l’accueil et du coup cela fait le lit des nationalistes vu que l’accueil mal organisé repose toujours sur les mêmes pays et ça fait monter les nationalistes.

Arthur : Et au contraire, une action, un moment, une mesure qui honore selon toi l’UE, qui lui donne du sens ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Moi je dirais que c’est la paix, l’UE a permis de faire en sorte que nos parents et nous-mêmes nous ne vivions pas les horreurs que nos grands parents ont vécus. Mais cette paix est aujourd’hui mise en danger quand on voit la montée des nationalistes un peu partout, le repli sur soi, le repli identitaire et c’est à nous à gauche de ne pas nous compromettre à des fins électoralistes et de nous dresser comme de véritables remparts à cette montée de la haine et de la xénophobie.

Arthur : En dehors des personnalités de ton parti, de la liste, y’a-t-il une femme ou un homme politique qui s’est honoré dans cette campagne des élections européennes ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Je dirais Ian Brossat, le parti communiste a fait une bonne campagne, une très bonne campagne, il représente la nouvelle génération au PCF et je lui souhaite bonne chance.

Arthur : Liste transnationale, citoyenneté européenne, programme d’échange, Green Tax et j’en passe, votre liste, comme lors de la candidature de Benoit Hamon à l’élection présidentielle, a des idées mais elle peine à convaincre, pourquoi à ton avis ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Les élections sont souvent abordées sous le prisme franco-français, on en fait une élection nationale, un match retour contre le président ou un 3ème tour des élections présidentielles, et on ne regarde même pas les projets ou les programmes sous le prisme européen, c’est-à-dire de la manière dont ils vont être mis en place au Parlement européen. Et donc du coup on a du mal à voir les différences entres les partis et surtout on ne voit pas notre démarche qui est inédite pourtant, et qui n’est pas mise en avant parce qu’on ne parle très peu de la stratégie au Parlement européen qui est pourtant clé. Au Parlement on ne siège pas par pays mais par affinités politiques. Et ça nous met à défaut car on ne parle pas assez de notre démarche.

Arthur : Pourquoi une jeune ou un jeune devrait voter pour la liste Génération.s, en particulier en étant jeune ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Génération.s est la liste où il y a le plus de jeunes représentés, on est écologistes, on propose le pass Liberté, qui permettrait à tous les jeunes de 16 à 25 ans de faire un Erasmus. Pas un Erasmus dans le sens actuel qui est réservé à un cursus ou à une formation. Ce serait ouvert à tout le monde, même des jeunes sans activité pour aller apprendre une nouvelle langue dans un pays d’Europe. C’est vraiment un projet qui a été fait par des jeunes pour les jeunes.

Arthur : L’une des idées instaurées par Benoit Hamon et la liste Génération.s, c’est la citoyenneté européenne, en quoi cela consisterait ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Le but est de jouir des mêmes droits dans tous les pays d’Europe, permettre de garantir l’IVG, le mariage pour tous, le droit à l’adoption… Donc uniformiser et harmoniser les droits à l’échelle européenne.

Arthur : Quel est le mot d’ordre sur le bateau Génération.s à quelques jours du scrutin, l’objectif ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Du terrain, du terrain, du terrain, on continue, on travaille, on milite jusqu’au bout et on va essayer de chercher ces 5, 8, 10% pourquoi pas !

Arthur : Et imposer ce nouveau parti car c’est sa première élection à Génération.s, on était même pas sûr qu’il y serait.

Sabrina Benmokhtar, Générations : Exactement, on est le seul parti qui n’existait pas aux précédentes élections, ce serait donc une belle performance si on arrive à avoir plus de 5%.

Arthur : Qu’est ce que c’est d’être une jeune femme engagée en politique, on pense aussi à tous les jeunes qui militent dans cette campagne. Qu’est ce qu’un engagement politique aussi jeune, d’où ça vient ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Ça vient je pense du contexte politique actuel, du réchauffement climatique, on se dit qu’on ne peut rester là à rien faire les bras croisés, c’est hors de question. On s’est dit qu’on doit prendre notre destin en main, il faut qu’on s’engage et si on ne le fait pas, personne ne le fera. On a une volonté de combattre, de faire avancer nos idées, d’être solidaires les uns envers les autres et de s’organiser donc on s’engage dans les partis politiques et on essaie de faire changer les choses.

Arthur : Pour terminer, je vais te demander quelque chose qui symbolise pour toi l’UE ?

Sabrina Benmokhtar, Générations : Hum, je dirais bien Erasmus mais pas sous sa forme actuelle. On nous définit souvent comme la génération Erasmus, tout le monde connait ce programme, on a beaucoup d’amis qui en bénéficient même si on ne peut pas tous en bénéficier, moi je n’ai pas pu pourtant j’aurais bien aimé. Mais, je dirais Erasmus, c’est un beau projet mais il représente aussi l’Europe dans sa sphère négative car il n’est pas ouvert à tout le monde et c’est pour ça que nous on veut le porter de la manière la plus positive qui soit, c’est-à-dire l’ouvrir à tout le monde.

Arthur : Merci beaucoup Sabrina Benmokhtar, tu représentes donc la liste Génération.s en 8ème place pour ces élections européennes, au sein du printemps européen incarné par Yanis Varoufakis notamment et tu es la référente de Génération.s à Nancy !

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