Des fleurs pour les tristesses Dévorantes d’Aloïse Sauvage

Aloïse Sauvage sort son premier album ce vendredi 28 février. Dévorantes. Moins d’un an après la sortie de son premier ep, Jimy, dont on a beaucoup parlé ici. On pourrait croire que la sortie d’un album chez Aloïse Sauvage, c’est juste un prétexte pour aller sur scène le colorier. Faux. Dévorantes est un grand premier album.

L’exercice au sol est devenu un numéro de funambule.

Aloïse Sauvage est née pendant les Transmusicales de Rennes en décembre 2018. À l’époque, elle est chargée d’assurer la création annuelle du festival. 3 semaines avant la prestigieuse date, elle n’avait jamais fait de live. 2 semaines avant l’échéance, elle pense même tout arrêter, submergée par les vitesses de la vie et les tristesses intimes. En fait elle obtiendra un succès retentissant. Et une direction claire pour ses chansons, notamment celles de son premier Ep, Jimy, paru en mars 2019.

Il faut dire qu’à l’époque, elle est surtout actrice. Remarquée dans 120 battements par minute de Robin Campillo (2017), on commence à s’habituer à elle sur les grands écrans, comme dans Les Fauves, de Vincent Mariette, l’année suivante. Mais après les fameuses Transmusicales, elle décide que c’est la musique. 

Circassienne de formation, élève de l’Académie Fratellini, on pense forcément à ses premières amours, quand on la voit sur scène, s’envoler, suspendues à son micro. Sur scène, impossible de résister à la conquête furieuse du spectacle Sauvage. La grâce inonde les salles et cicatrise les visages en suspension. Aloïse Sauvage a digéré tout ce qui la constitue sur son premier album, Dévorantes

Des tristesses naissent des envies dévorantes 

Quand on dit « dévorantes », on imagine des envies. Il y en a 1000 des envies sur Dévorantes. Mais il y a au moins autant de tristesses. Des tristesses qui inventent des envies, ç marcherait comme ça. Qui font naître des sons, qui bleuissent des petits bouts de papiers. Dans des mauvais moods, des envies salvatrices. « Je n’peux pas dire ce qui m’a valu ces cris / Mais quand j’les chante je me sens revivre. » confie-t-elle sur Mega Down

L’album s’écoute d’abord en solitaire, je crois. Dans des écouteurs, par les rues, dans les gares, dans les transports, puis se disputera dans les fêtes du printemps et de l’été. Se comprendre avant de se célébrer. Sur son premier album, Aloïse Sauvage associe des rythmes à toutes ses tristesses. Elle en fait des forces, pleines de reliefs et des histoires chargées de détails. Des fleurs carnivores, aux premiers abords sages, mais affamées déchainées sous les politesse d’usages. 

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Au conditionnel « Si on s’aime » Aloïse Sauvage propose deux réponses, qui témoignent de nos grands écarts intimes : « À l’horizontale » et « Toute la vie« . Trois chansons qui témoignent des ambivalences qui constituent Aloïse Sauvage, entre la surcharge de désir, l’énergie des transpirations et l’amour fou, des étreintes en fusion. Elle délivre un message qu’elle sait précisément universel. « Tu t’reconnais dans ce que je décris parfois, Tu croyais aussi qu’votre idylle allait durer. » (Mega Down

Dans son message intime, elle claque sur Omowi, un manifeste simple et efficace. « Les PD sont beaux, j’ai osé rêver Que tout le monde enfin le voyait ». On repense à Jimy, qui d’ailleurs est aussi de l’album. En tout elle aura conservé 2 chansons du premier ep (Jimy, À l’horizontale), qui participent largement à la cohérence globale du disque. Le chant est plus présent, il faut dire, il y a eu un vrai apprentissage du déshabillage vocal, comme sur Papa, qui renforce encore l’intimité. C’est d’ailleurs aussi le cas sur Dévorantes, qui clos le projet. Où elle écrit une note d’intention de la vie. Feux Verts participe aussi à ce projet de récit intime. Histoire de raconter les années qui viennent de s’écouler. « Excessive dans c’que j’entreprends, Je n’sais pas dire stop au bon moment. » Les années d’ardeurs. 

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photo : Flo Pernet aux Eurocks 2019

Elle délivre des messages qu’elle sait précisément universel, en partant de sa chair. « Tu t’reconnais dans ce que je décris parfois, Tu croyais aussi qu’votre idylle allait durer. » (Mega Down) Avec des mots simples et qui frappent, sur Tumeur, portés par la prestance vocale. Elle apprend à se déshabiller des arrangements, comme sur Papa. L’album se clos d’ailleurs par Dévorantes, qui laisse une grande place au chant pur et nu.

Aloïse Sauvage s’est fait des mantras pour elles, qui serviront aux autres, comme quand, dès la première chanson, elle assume « être le clown de service, puis paniquer en coulisses. » (Et cette tristesse.) Dévorantes sera l’album du printemps, parce qu’il est l’album des fleurs qui poussent après l’hiver. Il a le goût d’un grand bouquet, homogène et riche. Des chansons nées après les tristesses.


Texte : Arthur Guillaumot – Photos : Julot Bandit 

Dévorantes, le premier album d’Aloïse Sauvage sort vendredi 28 février. 

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