Pendant toute la durée de Micropolis, on partage nos ressentis, à chaud, sur les spectacles qu’on vient de voir et que vous pouvez vous même aller voir. Vous avez capté ? Micropolis ? C’est le festival des temps forts et des formes itinérantes du théâtre de La Manufacture à Nancy. C’est pas cher, on rit, on pleure, on pèse nos mots et on envisage des abordages. Allez, venez, pas d’inflation au théâtre et il fait bon dans les salles.

Vous pouvez retrouver le programme de Micropolis ici.

Nous revivrons

Le décor est très blanc, presque aseptisé au début, avec 1 comédienne et 2 comédiens qui brisent le 4ème mur et annoncent jouer plus d’un personnage. Puis le texte de Tchekhov nous emporte. On ne comprend pas toujours qui interprète qui mais cela nous force à écouter les mots. Ce texte du XIXe nous parle de relation entre les humains et la nature comme on aimerait en entendre parler aujourd’hui. Il y a quelques monologues puissants : “Toutes les forêts craquent sous la hâche…”, “Pourquoi ne pouvez-vous pas rester indifférents devant une femme qui n’est pas à vous ?”. Les reliefs du texte sont frappants et Nathalie Béasse trouve des idées de mise en scène impactantes pour enrichir la beauté et la modernité du texte. Quelques méduses-plastiques qui passent dans le ciel, comme pour dire ce qui pèse trop aux personnages et qui rappelle immédiatement un des grands chantiers de l’œuvre d’Anton Tchekhov : donner à voir les silences. Pour finir le décor est envahi de mille choses, on croit à tout, parce que c’est la force du théâtre : un amas de terre est une tombe. Voyage intense et poétique, barbouillé.

Photo de Jean Louis Fernandez

Jeu : Mehmet Bozkurt, Julie Grelet, Théo Salemkour – Mise en scène : Nathalie Béasse – Cie Nathalie Béasse (Pays de la Loire) & Comédie de Colmar – Texte : inspiré de L’Homme des bois d’Anton Tchekhov

Les guêpes de l’été nous piquent encore en novembre

Nouvelle scène de la Fabrique, en presque 360°. On se regarde entre public alors qu’à l’intérieur de nous 3 personnages se disputent sur une vérité qui leur échappe. Qui a passé la nuit chez qui ? Le vaudeville est bien posé, jamais lourd, souvent drôle. Comique de situations à souhait, tout se met très rapidement en place et on est embarqué par la puissance des comédien/nes. Leur performance emporte tout, ils nous tiennent en haleine pendant plus d’une heure en passant leur temps à dire n’importe quoi. Le recherche de la vérité les conduit jusqu’à interroger la croyance en Dieu, le cannibalisme, le monde, l’avortement, la confiance, la pluie. Sans qu’aucune réponse ne soit ni à chercher ni à trouver. 

Photo de Lucie Gautrain

Jeu : David Houri, Pauline Huruguen, Barthélémy Meridjen – Mise en scène : Yordan Goldwaser – Cie La Nuit américaine (Grand Est) – Texte : Ivan Viripaev

CONCERT À TABLE

Pour finir cette deuxième journée de Micropolis, on se retrouve invité/es à la table de deux musiciennes. Dans le format très intime de la Fabrique, on les écoute et les observe avec beaucoup d’attention. L’humour de Claire Diterzi accentue encore se sentiment de proximité. On a l’impression de faire partie de la même maison. Elles jouent avec tout ce qui leur tombe sous la main/bouche, chaque mouvement est un émerveillement. Les rythmes se changent en harmonie, de la berceuse à la musique entraînante. À l’intérieur de ce cocon, on espère que le concert dure encore. Veillée parfaite. Meilleur instrument : clochettes de genoux.

Photo de Guy Dorotte

Duo acoustique : Claire Diterzi et Lou Renaud-Bailly – Cie Je garde le chien (Centre-Val de Loire)

Faire tomber les chiens du ciel

L’itinérance de Micropolis nous emmène dans la salle de classe d’un collège. Après la sonnerie, un ado décide de rester là. Une de ses camarades l’interpelle. Il tente alors par l’imaginaire de la faire patienter avec lui. Elle se laisse prendre au jeu et le court huis-clos s’installe. En parlant de leurs rêves et de leurs craintes, ils se découvrent petit à petit. Ressorts comiques mais pas que, la pièce aborde des thèmes primordiaux à faire entendre dans les classes : la confiance en soi, la pression sociale ou encore le harcèlement. Sans que cela ne soit ni forcé, ni lourd. Performance pédagogique et ludique réussie.

Photo de Bruno Di Marco

Jeu : Ted London et Janice Szczypawka – Texte et mise en scène : Maud Galet Lalande – Cie Les Heures Paniques (Grand Est)

Longueur d’ondes

Le spectacle retrace l’itinéraire de la première radio libre, radio Coeur d’acier, installée à Longwy en Lorraine, dans le bassin sidérurgique, pour protester contre les démantèlements. Financée par la CGT, elle dépassera largement les espoirs de ses fondateurs, devenant un lieu public, capable de porter des voix inaudibles jusqu’alors. Le spectacle est rythmé par le kamishibaï et les dessins colorés de Paul Cox. Une vraie histoire sociale, un patrimoine commun.  

Photo de Jean-Marc Lobe

Jeu : Hugues de la Salle, Laura Fedida – Texte et mise en scène : Bérangère Vantusso – Cie trois-6ix-trente (Grand Est)

GRÈS (TENTATIVE DE SÉDIMENTATION)

Qu’est-ce que l’histoire sociale d’un pays qui s’écrit devant nous ? Que retiendrons-nous de nos luttes ? Qu’aurons-nous fait ? Grès raconte le craquement sédimentaire d’un homme qui bascule, qui ouvre les yeux, avec toute la rage, la violence que ça implique. Des mouvements intimes aux mouvements collectifs, la pièce interroge nos limites. Porté par une interprétation très dense et une musique envoûtante, Grès est un crochet plein de poigne. 

Photo de Pascal Aimar

Jeu : Emmanuel Matte – Musique : Valentin Durup – Texte et mise en scène : Guillaume Cayet – Cie Le Désordre des choses

Quartiers Libres #1 et #2

Guillaume Cayet a enquêté sur deux sujets actuels mais encore trop peu racontés par celles et ceux qui sont en première ligne : les travailleuses du soin et les travailleurs Uber. Il en livre deux textes donnant lieu à deux lectures poignantes : Trois fois Saly et The winner takes all (je disparais). La première raconte la vie croisée de trois femmes : une auxiliaire de vie, une femme de chambre et une cadre à l’hôpital public. La deuxième l’itinéraire d’un livreur à vélo de sa première à sa dernière course. On est emporté dans ces histoires d’une heure chacune.

Photo de Bruno Di Marco

Lectures : Marie-Sohna Condé / Aurélien Labruyère – Textes : Guillaume Cayet

Micro-Histoire

Le temps de se poser entre deux spectacles, on vient écouter une enseignante-chercheuse nous parler avec passion de l’histoire de notre art à toutes et à tous. On s’intéresse ici aux publics, à cette volonté de faire venir le plus grand nombre au théâtre. Mais c’est qui le plus grand nombre ? Et comment on a favorisé la venue d’un public nouveau dans les salles ? De Maurice Pottecher et le Théâtre du Peuple de Bussang à Jean Vilar et le Festival d’Avignon, on retrace l’histoire du théâtre à travers sa décentralisation géographique et sociale, de Paris et de la bourgeoisie. Le tout en 3 temps : vendredi du XIXe aux années 50, samedi la suite jusqu’à 2007, puis dimanche pour échanger avec les artistes de Micropolis de la situation actuelle. Programme fourni pour la communauté de l’émotion dramatique.

Par Marie-Ange Rauch, animé par Julia Vidit, Guillaume Cayet et les artistes de Micropolis

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On n’a malheureusement pas pu voir Le processus, Dissolution et À table, chez nous, on ne parlait pas, qui abordaient chacun un thème fort : l’avortement, la famille, et le Service du Travail Obligatoire. C’est la multitude de thèmes traités qui est à retenir des 4 jours de Micropolis. Les spectacles et lectures ont su nous emporter dans des univers tous différents les uns des autres, par la diversité des lieux choisis et des mises en scène. Il y en a eu pour tout le monde, et c’est cela qu’on aime retrouver au théâtre. Pouvoir échanger entre artistes, spectateurs et spectatrices dans le hall pendant les 4 jours est toujours un plaisir, on se sent en famille quand on vient à la Manufacture. Mission réussie pour Julia Vidit et toute son équipe, qu’on remercie pour l’accueil.

On s’y retrouve dès le 15 octobre avec Hansel et Gretel, en feat avec Nancy Jazz Pulsations.

Certains spectacles de Micropolis partent en tournée sur tout le territoire, chopez-les, plus d’infos sur le site de la Manufacture.

Notre équipe sur place : Josh / Arth