Depuis ses débuts en 2020, Myra chante la tristesse heureuse, le bonheur mélancolique, les câlins et les fleurs, sur des airs de saudade, des rythmes universels ou sa voix enveloppante est un réconfort permanent. Actrice, chanteuse et compositrice, elle a développé un univers unique. Interview Après la pluie, du nom de son dernier projet.

Arthur : Myra, alors qu’est-ce qu’il y a, Après la pluie

Myra : Le beau temps. Le bonheur. 

C’est ce que tu dis, après la sortie de cet ep ?

Je crois que je le savais déjà. Je me le suis d’abord tatoué, pour être sûre que ça soit bien imprégné. Et ensuite je me suis dit “mais quel autre titre ?”. 

Le fait de le graver dans ta peau, ça marque un nouveau temps de ta vie, celui d’après la pluie. Mais c’est le temps de quoi ?

Du renouveau, je crois. C’est un peu comme un jardin, quand la pluie s’arrête, il faut tout nettoyer pour planter des nouvelles choses. J’en suis là. 

Est-ce qu’il y a des choses que tu n’aurais jamais imaginées faire avant cet ep ? 

C’était ma première fois avec un gospel, donc musicalement pour moi c’était un grand moment. Surtout, je crois que je n’aurai pas pensé aller aussi loin sur des sujets aussi lourds. 

Tu es arrivée à cet endroit, où la musique permet d’aller mieux, de faire passer, un peu, le deuil, dont il est largement question dans cet ep ?

Je crois que l’année avant que je produise ce projet, la musique m’avait déjà un peu sauvé la vie. C’est un peu premier degré. C’est l’année où j’ai fait quarante dates de concerts, ça m’a tenu à partager avec le public. Chanter ces morceaux en live, ça me redonne encore une autre lecture émotionnelle. De me dire : “tu peux aller jusque là. Et non seulement ça te fait du bien à toi, mais ça fait du bien à d’autres gens”. C’est un énorme cercle vertueux. Si Raphaël mon manager et Juliette ma head label ne m’avaient pas dit “vas-y, va au bout de ton écriture, tu sais en parler”, je n’aurai pas osé, par pudeur, par peur de gêner les autres. La peur d’aller trop loin. Mais je me suis rendu compte que tout le monde avait besoin de ça. Je suis ravie d’avoir passé ce palier, en termes de ce que je peux échanger avec mon public. 

Comment il est reçu ce projet ? 

Il est encore jeune, on a fait peu de dates. On a présenté le projet pendant l’Hyper weekend Festival, en janvier. Là, on a fait notre première vraie date à Lyon, et les gens chantaient, ils étaient à fond. Je suis très surprise qu’ils y trouvent autant de bonheur et que ça ne soit pas trop lourd. Dans les moments de vie, je sens que ça fait l’effet escompté : ça fait danser. 

“Faire des fleurs de ce qui nous arrive.”

Est-ce que parler d’amour beaucoup, dans les premiers projets, et même Passion câlins l’année dernière, c’était une façon de préparer le public pour l’intime suivant, celui plus sombre d’Après la pluie ?

C’est une bonne question. Je vois toujours trois pas devant, dans le sens où quand je fais quelque chose de sombre, j’ai envie de couleur et quand je fais quelque de coloré, je peux aller vers la tristesse. Je dis aussi que quand on a fait beaucoup de studio, on a envie de retourner dehors. Mais pour le coup, ce projet, je ne pouvais rien anticiper. Je pensais que j’allais passer tout de suite à l’album, mais on m’a soufflé de faire ce projet. Je me suis donc auto-surprise à aller rechercher une couleur que je ne pensais pas aller chercher tout de suite. 

Il y a aussi quelque chose qui rejoint ta carrière d’actrice, dans le fait d’alterner comme des rôles de comédie et des rôles plus sombres, non ? 

Bah c’est vrai ! Surtout qu’à l’époque quand on avait sorti JTM ça avait vachement pris, alors que je trouvais que c’était mon son le plus dépressif. Mais en fait les gens sont toujours prêts pour qu’on aille loin. Quand tu es comédien, tu es au service d’un script, que tu n’as pas forcément écrit, alors que quand tu es auteur, tu peux te poser là question du “jusqu’où je vais ?”. Je suis contente d’avoir fait un tour de boucle et d’être retournée à ma tristesse. Je crois qu’il ne faut pas tricher avec les gens. Faire la musique qui nous correspond à un instant T, c’est la meilleure façon de rester honnête et je n’aurais pas voulu faire autrement, vu ce que je vivais à ce moment-là. 

Dire comme dans la vie : il pleut maintenant mais tout à l’heure il fera beau. 

Exactement. Et puis faire des fleurs de ce qui nous arrive. On passe tous par là. C’était ma façon de donner de l’espoir. 

“La musique c’est sans fin.” 

Tu as commencé par chanter en anglais. Maintenant tu chantes tes émotions dans ta langue. Est-ce que c’est le summum de l’intime ? 

Oui. Et encore, on me dit encore parfois que je ne parle pas assez de moi. C’est drôle. En fait, je parle de moi à un endroit où ça va faire le lien avec l’autre. Il faut que ce que je dis puisse rentrer dans la bouche de personnes très différentes. Mais là je suis arrivé à un moment où je me rends compte que je peux faire des choses plus personnelles encore en termes d’écriture. Je peux m’engouffrer encore plus dans ma vraie vie à moi. 

La dimension universelle de ta musique, elle passe aussi par tes influences, et les sonorités de ta musique. Cette fois, tu le disais, on va jusqu’au gospel, ça s’est fait comment ?

Quand on a commencé à travailler sur ce projet, j’en ai parlé rapidement. J’en avais toujours rêvé et vu le thème du projet, c’était le bon moment. En plus, j’ai eu le droit à un casting 5 étoiles en gospel, donc c’était un grand moment pour moi. Comme ça, j’étais seule mais accompagnée, pour faire la transition après Passion câlins, c’était bien. 

Projet après projet, tu sembles chercher les premières fois, tu crains le moment où il n’y aura plus rien à expérimenter ? 

Si ça arrive, je raccroche les crampons. J’ai la flemme de faire pour faire. Mais si tu es ouvert au monde qui t’entoure, il y a toujours quelque chose à raconter. La seule question c’est “est-ce que tu as encore la force de le raconter ?”. Ce qui compte c’est l’envie. Flemme de faire un beau projet et de le défendre à moitié. Mais je crois qu’on n’arrive jamais au bout. La musique c’est sans fin. 

En commençant, est-ce qu’il y a des choses que tu n’aurais pas imaginé faire ?

Chanter dans les aigus ! Mais même tirer mon projet vers la chanson. Me travestir en homme pour un clip aussi. Et monter mes sociétés ! Je n’aurai jamais imaginé le faire, alors que j’y pensais depuis le début. 

À quel moment tu as appris à utiliser ta voix ? 

Ah c’est hyper intéressant. C’est la chanson, et le fait de travailler ma voix qui m’a permis de bien la poser sur l’acting. Quand on joue la respiration c’est très important. Pendant mes deux premières années de studio, je faisais de l’anglais, donc j’étais concentrée sur l’attitude vocale. Un de mes premiers producteurs m’a suggéré de passer en français, en mettant de l’autotune. Et même si j’étais réticente, j’ai eu l’impression de mettre un super costume. Je me suis d’abord éclatée sur les mélodies. Et puis on a enlevé l’autotune, et la technique m’a emmené au grain. Encore aujourd’hui, je conserve des réflexes de diction et de positions vocales. Maintenant, je m’enregistre beaucoup toute seule, donc je mets le moins de trucs possibles. Un compresseur, une mini-reverb, et ciao en fait. 

Là c’est l’intime absolu ! 

Voilà. Ça me pousse à chercher le truc parfait. Enfin, à trouver ce que j’aime le plus dans l’imperfection.

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Vous pouvez retrouver Myra sur Instagram et sur TikTok.

Interview : Arthur Guillaumot, réalisation et montage : Diego Zébina

Interview réalisée à Paris, le 12 mars 2025.