L’Est a fait au cinéma une offre qu’il ne pouvait pas refuser. Des forêts vosgiennes aux rues historiques de Strasbourg ou Nancy, on voit de plus en plus ses décors s’inviter dans les salles obscures. Un engouement confirmé par la sélection de 5 films tournés dans la région lors du Festival de Cannes 2025.

S’il existait un César de la topographie, voilà quelques années que le Grand Est raflerait la mise. Avec 800 jours de tournage en 2025 contre près de 300 de moins il y a 5 ans, la région ouvre ses décors à toujours plus d’histoires, tandis que Strasbourg a vu le nombre de ses projets doubler sur les 5 dernières années. C’est à nous que tu parles ?

Extérieur jour

Les atouts ne manquent pas. “Nous n’avons peut-être pas la mer, mais nous avons des forêts, des lacs et un patrimoine urbain très riche, souligne Martine Lizola, présidente de la commission Culture de la Région. Metz, Nancy, Reims, ou encore Épernay… Ce sont autant de villes historiques qui offrent des décors très recherchés par les productions.” 

800 jours de tournage en 2025 contre près de 300 de moins il y a 5 ans dans le Grand Est. Strasbourg, elle, a vu le nombre de ses projets doubler sur les 5 dernières années.

Ainsi, quand le photographe Vincent Munier passe le million d’entrées en filmant son massif des Vosges dans le documentaire Le Chant des forêts (voir Première Pluie magazine n°16), les vignes d’Alsace, elles, servent de toile de fond à des récits plus contemporains. Dans la comédie romantique Champagne Problems, Netflix a ainsi misé sur une girlboss venue des États-Unis qui débarque en Alsace pour racheter une maison de champagne (bon, nous, on aurait plutôt conseillé du crémant).

Contrechamp

Au-delà de ses décors bruts, le Grand Est se distingue par des aides financières attractives. “La filière image est chez nous l’une des plus marchandes de la Culture”, affirme Martine Lizola. La Région y a consacré 6 millions d’euros de fonds de soutien en 2024, portés à 12 millions lorsque l’on ajoute les fonds européens. À ce socle s’ajoute le réseau PLATO, un dispositif unique en France qui permet aux villes de cofinancer des projets.

“Plus on filme le Grand Est, plus on le fait connaître.”

Martine Lizola, présidente de la commission Culture de la Région

L’investissement paie : pour 1 euro de soutien public, 1,6 euro est réinvesti sur le territoire. En 2024, les retombées économiques ont ainsi atteint 18 millions d’euros. Pour Martine Lizola, l’enjeu dépasse l’économie : “c’est une question de visibilité : plus on filme le Grand Est, plus on le fait connaître.”

Point de vue

Longtemps associée à son passé industriel, la région doit désormais dépasser certains clichés. Si le roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, (Actes Sud, 2018) avait fait l’unanimité pour sa finesse dans le récit de la crise post-industrielle, son adaptation par Ludovic et Zoran Boukherma a reçu un accueil plus partagé, certains y voyant du misérabilisme.

D’après le CNC, le Grand Est figure parmi les régions où la fréquentation des cinémas est la plus faible, avec 2,19 entrées par habitant·e en 2024. 

Quand on raconte autre chose que la détresse ou la nostalgie industrielle, cela se passe généralement mieux. Citons ainsi le poétique Partir un jour d’Amélie Bonnin, tourné dans un relais routier de Saint-Dizier. Ce dernier a justement assuré l’ouverture du Festival de Cannes en 2025. À ses côtés, 6 autres films tournés dans le Grand Est : Dossier 137 de Dominik Moll, La Petite Dernière de Hafsia Herzi, Météors de Hubert Charuel et Claude Le Pape, Connemara d’Alex Lutz, La Danse des renards de Valéry Carnoy et Dammen de Grégoire Graesslin. 

Pour la Région, l’enjeu des cinq prochaines années est de consolider cet écosystème mais surtout, de ramener le public dans les cinémas. D’après le CNC, le Grand Est figure parmi les régions où la fréquentation est la plus faible, avec 2,19 entrées par habitant·e en 2024. Cela devrait se traduire par plus d’animations et de médiation dans les salles obscures, entre ciné-concerts et ciné-débats. Car si l’Est est devenu terre de cinéma, encore faut-il que les films soient vus.

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Il était une fois dans l’Est — article tiré de Première Pluie magazine n°17, à découvir ici.

Texte : Marine Slavitch

Graphisme (dans le magazine) : Valentine Poulet