< Tous les articles Écologie Magazine Écoterrorisme, ZAD et robe de bure — L’histoire de Loïc Schneider Par Elisa Verbeke 29 janvier 2026 Un moine accusé d’écoterrorisme ? C’est l’histoire du Meusien Loïc Schneider, maraîcher et militant écologiste. Montiers-sur-Saulx, Meuse, le 20 juin 2023, il est 8h30 du matin. Le soleil jaunit les champs de colza du village. Dans le jardin du voisin, les coqs continuent de chanter mais ne réveillent pas Loïc Schneider qui termine tranquillement sa nuit avec sa petite-amie. Il ne sait pas encore que les 22 gendarmes de l’unité anti-terroriste de la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle) sont derrière sa porte, bélier à la main, prêts à l’enfoncer. En moins d’une minute, Loïc est brutalement réveillé, “un flingue braqué sur la tempe” par une vingtaine d’hommes cagoulés vêtus de noir. “C’était traumatisant, raconte l’intéressé. Tout ça pour chercher une tenue de moine”. “Tout ça pour chercher une tenue de moine.” Loïc Schneider Originaire de la périphérie de Nancy, Loïc Schneider a 30 ans. Il est surnommé « Le Moine » pour sa robe de bure qu’il porte à chaque manifestation. “Ça me protège des éclats de balles et ça apporte de la créativité dans la lutte”, souffle-t-il. Celui qui est surtout maraîcher et travailleur social, est investi dans les luttes écologistes depuis ses 19 ans, quand il participe à des actions hacktivistes avec Anonymous à Bure (Meuse), pour protester contre l’enfouissement de déchets nucléaires, pour lesquelles il sera poursuivi. S’en suivent les luttes écologistes de Sivens (Tarn), de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et jusqu’à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) où Loïc tague un camion de gendarmes — c’est la raison pour laquelle il est recherché par l’unité anti-terroriste. Il écope de 3 mois de détention provisoire à Poitiers où il partage sa cellule avec deux hommes poursuivis pour assassinat et violences conjugales. La fabrique du monstre “À partir du moment où une unité anti-terroriste intervient, on te colle immédiatement l’étiquette de dangereux”, déplore Loïc, en revenant sur son interpellation musclée par le peloton spécialisé de la centrale de Cattenom. Ces unités, présentes sur l’ensemble des sites nucléaires français, sont censées prévenir toute intrusion ou menace terroriste. Dans les faits, elles ont pour l’instant surtout été mobilisées pour des actions militantes écologistes. “C’est une construction de la narration de la dangerosité de l’individu. Lors de mon audience, le juge n’a jamais remis en cause le recours à une telle unité”, souligne Loïc. Joël Domenjoud, 43 ans, habite lui à Nancy. Le travailleur associatif et militant écologiste est fiché S et vient de faire condamner l’État français par la Cour européenne des droits de l’Homme — la plus haute juridiction à l’échelle de l’Europe. Pour son assignation à résidence lors de la COP21 à Paris, en 2015, sur le fondement de l’état d’urgence décrété par François Hollande après les attentats du 13 novembre. À ce moment, 25 autres camarades le sont également. Ils avaient prévu ensemble d’organiser une manifestation contre-sommet : “Je devais rester dans ma ville pendant 17 jours, pointer trois fois par jour au commissariat et interdiction de sortir de 20h à 6h.” La CEDH a donc tranché, il n’aurait pas dû être assigné à résidence : “La Cour estime que la radicalité de ses convictions politiques ne suffit pas, en l’espèce, à matérialiser un risque de débordement.” Loïc Schneider pense savoir que “cet exemple montre comment la construction de la figure de l’écoterroriste peut finir par primer sur la lutte contre les vrais terroristes.” Néologisme Le terme « écoterrorisme » est avant tout “un outil rhétorique pour diaboliser les militants écologistes et faire peur”, comme l’explique Joël. Cette tendance existe depuis longtemps : dès les grandes mobilisations anti-nucléaires des années 1980 ou les luttes du Larzac (Massif central), les discours sécuritaires ont cherché à associer l’engagement environnemental à une forme de menace. Sous Sarkozy, ce langage s’est intensifié, avec des expressions comme « khmers verts » pour stigmatiser les opposants à Notre-Dame-des-Landes. Le mécanisme s’est répété à Sivens, après la mort de Rémi Fraisse. “Un responsable de la FNSEA¹ déclarait qu’il ne faut pas de « djihadisme vert »”, retrace Loïc. “Je n’ai jamais croisé quelqu’un qui avait peur de moi.” Loïc Schneider Pour Greenpeace et plusieurs juristes, l’écoterrorisme n’a aucune réalité juridique : “Ce mot n’existe ni dans le Larousse, ni dans le Code pénal”, souligne l’ONG. “Il s’agit d’un oxymore, associant l’écologie, par essence non-violente, au terrorisme, qui relève de la terreur.” En France, seule la notion de « terrorisme écologique » est reconnue, et elle vise l’introduction volontaire de substances nocives dans l’environnement. L’inverse, donc, de ce que font les militant·es. Pour l’avocat Xavier Sauvignet, “accoler l’éco-activisme au terrorisme est un concept réactionnaire. C’est une façon de jeter le discrédit, puisque personne n’aime le terrorisme.” “Personne n’a peur d’un écoterroriste”, finit par trancher Loïc. Pendant cinq ans, il a travaillé à mi-temps dans un EHPAD en Lorraine. La presse locale parle souvent de lui et ici, tout le monde sait qui il est, et pourtant… “Les gens trouvaient ça absurde qu’on me traite d’écoterroriste, se souvient-il. Je n’ai jamais croisé quelqu’un qui avait peur de moi.” __ 1 : Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. __ Écoterrorisme, ZAD et robe de bure — article tiré de Première Pluie magazine n°16, à découvir ici. Texte : Elisa Verbeke Illustration : Kimiko Kitamura Graphisme (dans le magazine) : Mathilde Petit À lire aussi Écologie Magazine Écoterrorisme, ZAD et robe de bure — L’histoire de Loïc Schneider 29 Jan 2026 Un moine accusé d’écoterrorisme ? C’est l’histoire du Meusien Loïc Schneider, maraîcher et militant écologiste. Montiers-sur-Saulx, Meuse, le 20 juin 2023, il est 8h30 du matin. Le soleil jaunit les champs de colza du village. Dans le jardin du voisin, les coqs continuent de chanter mais ne réveillent pas Loïc Schneider qui termine tranquillement sa Écologie Magazine À bout de souffle — L’impact de la randonnée dans les Vosges 26 Jan 2026 Depuis la fin du confinement, le massif des Vosges attire une nouvelle génération de randonneur·euses en quête d’air pur et d’authenticité. Mais cette fréquentation croissante et certaines pratiques parfois maladroites questionnent la gestion du massif et la fragilité de ses écosystèmes. J’ai du mal à m’empêcher de moquer les gens qui font de la randonnée. Écologie Magazine Danse avec les loups — La présence du loup dans l’Est 20 Jan 2026 On estime actuellement à un peu plus d’un millier la population de loups en France. Arrivé d’Italie au début des années 90, le loup a fini par gagner les départements du Nord-Est du pays. Au printemps 2025, la première reproduction en plaine depuis 30 ans a eu lieu en Haute-Marne. Et l’éternelle opposition a recommencé. À la loupeCartes postalesÉvènementsInterviewsLittératurePlaylists