Depuis quelques années maintenant, la briochine déploie une bedroom pop qui s’est laissée séduire par le cloud rap, ou l’inverse ? Les sentiments tiennent une place centrale ses deux eps et son premier album DRAMA paru à la fin 2025.

arøne, qu’est-ce que t’as appris sur toi en faisant de la musique ?

C’est hyper deep comme première question.

Ouais, j’aime bien commencer comme ça, deep direct.

Alors… que la sensibilité, c’était stylé et qu’il ne fallait pas s’en cacher, et s’assumer. Et qu’il fallait pas s’excuser d’être soi-même.

Donc là maintenant, t’as un super pouvoir, t’es un être humain qui te connaît mieux qu’avant que tu fasses de la musique ?

Mille pour cent.

Qu’est-ce que tu faisais avant de faire de la musique ?

Je faisais de la communication, parce que je ne savais pas quoi faire dans la vie et que je suis super sociable. Et du coup, je me suis dit : Bah, je vais aller faire de la com’. J’ai pas trop kiffé, en vrai.

Mais tu t’en sers encore aujourd’hui de tes skills de communicante ?

Ouais, mille pour cent. Mais maintenant, j’ai grave intellectualisé le fait de communiquer et peut-être que c’est moins spontané qu’avant, quand je n’avais pas toutes ces clés-là.

« La sensibilité, c’est stylé. »

Et être super sociable dans la musique, c’est aussi un atout ?

Ouais. C’est plus fluide pour les sessions studio… et tu rencontres plein de gens, et j’adore rencontrer les gens.

Rencontrer des gens, c’est une façon d’avoir envie de recommencer à créer d’autres choses, de repartir de zéro à chaque fois ou maintenant ça va, t’es avec une équipe solide et t’arrives à avoir des bases aussi ?

En vrai, maintenant, j’ai mon socle, mon noyau, mon équipe solide, donc c’est quand même très agréable parce qu’il y a plein de moments où tu ne sais pas trop où tu vas par rapport à l’équipe. Après, rencontrer des nouveaux artistes, des compositeurs, des producteurs, c’est trop bien.

T’es dans une génération où on a tendance à vous comparer entre projets féminins, mais aussi où pour la première fois depuis très longtemps, il y a une vraie génération avec des choses hyper inspirantes, où tout le monde se pousse un peu mutuellement.

Bien sûr. C’est trop trop bien.

Toi, c’est quoi les projets qui t’inspirent là, ces derniers temps ? Masculins ou féminins d’ailleurs.

En francophone… en vrai, on en parlait tout à l’heure, mais Yoa, j’ai vu un de ses concerts sur scène parce qu’on a joué ensemble en Allemagne et je me suis vraiment pris son show dans la figure. Son live est carrément inspirant.

Ça veut dire que tu vas danser ?

Non, mais je vais faire des blagues. Elle fait beaucoup de blagues, je me reconnais plutôt dans cette partie-là.

Elle fait la tantine.

Ouais, j’adore ça. C’est archi dynamique et tout, c’est trop bien. Ensuite, un projet que j’écoute… J’ai une super copine qui s’appelle zonmai et elle m’inspire de ouf parce qu’elle est folle, en fait. Et j’adore sa folie.

« Des artistes qui m’inspirent ? En ce moment : Yoa et zonmai. »

Gloire aux folles, en fait.

Gloire aux folles à mille pour cent. La boucle est bouclée.

Comment t’as appris à faire du live ?

Par la douleur. En vrai, les premières fois, c’est un saut dans le vide, t’es obligée de te lancer. Après, j’ai toujours été attirée par ça, même quand j’étais petite, je jouais, je faisais du piano. Donc du coup, j’avais un peu connu ce stress-là, de monter sur scène.

Ouais, mais entre le petit spectacle et La Cigale.

(rires). Pour arøne, en tout cas, je me suis vraiment fait violence en me disant : t’expliques pas d’être toi-même, en fait.

Est-ce que les traumas, ça fait des chansons ?

Oui, et plusieurs même. Tu peux vraiment rentabiliser, je pense.

Est-ce qu’il y a des moments quand tu vis un trauma, tu te dis : ça fera des chansons ?

Sincèrement, oui. En vrai, je l’ai vécu d’ailleurs l’année dernière. J’ai appris une nouvelle horrible, sur mon ancien manager, qui était un agresseur. Deux jours plus tard, j’ai fait un titre. J’en avais besoin, vraiment, c’était cathartique. J’avais besoin de le mettre en musique et après de l’écouter, pendant genre 2 heures toute seule en mode : c’est ça que j’ai vécu. Et c’est bon, ça va mieux.

C’est devenu ta façon d’extérioriser maintenant ?

Ouais, et ça l’était quand j’ai commencé. Direct, je pense. Parce que j’ai l’impression d’avoir aussi commencé par le cœur brisé, des histoires un peu dures.

Ah. j’avais pas remarqué que t’avais des histoires d’amour compliquées quand t’as fait ta musique. Peut-être que j’ai pas bien écouté. (rires)

Tant mieux. Ça veut dire que je peux continuer à recycler les thèmes alors ?

 « Un album, ça peut rentabiliser des traumas. »

Est-ce qu’il y a des chansons qui peuvent devenir des traumas ?

Oh woh. Parce que par exemple, t’en as marre de trop les chanter ou ?

Parce que justement, ça correspond peut-être plus à quelque chose que t’es en train de vivre ou parce que tu te dis : moi, je suis passé à autre chose.

Ouais, grave. Même si maintenant, elles appartiennent au public et des fois, tu peux être prisonnière d’un titre. Trauma, le mot est un peu fort. Mais oui, il y a des chansons qui m’emprisonnent un peu, juste, je les joue pas, en fait.

arøne, qu’est-ce qu’elle a de bretonne, ta musique ?

C’est le côté, je pense, maritime. Mais le côté breton, ça, je crois que c’est seulement moi et mes origines, finalement. J’ai pas encore utilisé les sonorités celtiques.

Ça pourrait arriver ?

Ça pourrait arriver à tout moment. Restez branchés.

Comment on fait pour prouver aux gens qu’on les adore ? Sans forcer et de manière saine.

Oui, déjà. Basique. Alors, comment on prouve aux gens qu’on les adore… ? En vrai, on leur écrit des chansons, on leur fait des poèmes. Je pense qu’on est honnête et on n’a pas d’ego, on tue l’ego. L’amour, c’est l’absence d’ego.

C’est un truc intéressant pour un·e artiste parce qu’en plus l’ego, il peut faire partie intégrante du projet. T’es quand même sur scène, tu demandes le regard des gens.

Quand tu veux être artiste, c’est que t’as de l’ego déjà de base.

C’était ton cas ? T’avais un truc à régler à la base aussi ?

Je pense, ouais. C’était la bagarre. La bagarre et la fête. Le petit esprit revanchard d’avoir envie de se montrer, de briller.

 « L’amour, c’est l’absence d’ego. »

Et l’écriture, t’y es venue comment ? Est-ce que t’as d’abord commencé à écrire ou à composer ?

D’abord, j’ai joué du piano, mais je composais pas vraiment. Juste, je jouais les chansons que j’aimais bien. Donc le premier truc créatif, c’était l’écriture. Même depuis que je suis petite, j’écris des histoires. À un moment, je me suis dit que je voulais être journaliste. Parce que je trouve ça trop beau, d’écrire, de mettre des mots, de pouvoir se relire, même de comprendre des choses en se relisant. Je pense que c’est thérapeutique, l’écriture, c’est de l’art thérapie.

Donc t’as compris des choses sur toi ?

Mille pour cent.

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Vous pouvez retrouver arøne sur Instagram.

Interview réalisée avant son concert à L’Autre Canal, le 09 avril 2026.

Interview : Arthur Guillaumot

Photo de Une : DR