Il jouait du piano debout et nous a transmis son bonheur d’être là un mardi soir sur la scène de Bon Moment. Après son show, UssaR nous a rejoint pour une longue discussion sur le bateau près des loges. L’occasion de revenir sur son parcours de musicien qui accompagne des artistes comme Chilla, Kery James, ou Fianso, mais aussi de sa musique avec son EP Étendues, paru le 11 juin dernier. Avec humour, bonne humeur, et soleil.

Tu reviens de la scène, ça s’est bien passé ?

Oui, qu’il y ait beaucoup ou peu de monde il faut donner la même chose. Il faut que la personne qui soit là n’ait pas un demi-show.

Comment te définis-tu ? Qui es-tu ?

Moi je fais de la chanson française, c’est mon ADN. Il y a des chansons que je fais à poil… Enfin je ne fais pas des chansons à poil, pour les personnes qui lisent c’est très friendly (rires). Je fais des chansons voix nue piano et d’habitude elles sont accompagnées de prods et elles sont plus habillées. J’aime bien faire ça, pour mon public « fan » ça leur donne une autre vision du truc. Il y a une surprise entre ce qu’ils attendent et ce qu’ils entendent, je trouve ça rigolo de jouer avec eux. Et puis, c’est une promesse, si tu viens me voir tu vas entendre autre chose. Après, je dis chanson française mais je viens aussi de l’abstract hip hop, c’est un courant qui travaille beaucoup les textures, les sonorités, la boucle.

C’est quoi tes influences ?

Mes influences en chansons c’est Renaud. J’aime beaucoup comment il écrit, et puis aussi dans d’autres styles d’écritures comme le rap, même si j’en fais pas du tout, dans la manière d’écrire, ils m’influencent.

Je me demandais, pourquoi le piano ?

Je suis pianiste, ça s’est fait par hasard, mon grand-père est organiste, mon oncle était pianiste, et mon frère est patron d’une école de musique. Au moment où je me suis inscrit je me suis demandé « guitare ou piano ? » et j’ai dit « guitare » mon frère m’a répondu « non, piano ». Quand j’ai posé les mains sur l’instrument, j’ai eu un coup de foudre absolu. J’ai commencé tard vers 15/16 ans, et depuis je ne l’ai pas lâché.

Et l’électronique, c’est venu comment ?

L’électronique c’est venu plutôt avec le rap. J’ai fait partie d’un groupe de rap pendant pas mal de temps, j’ai accompagné des rappeurs sur scène. C’est venu avec la bidouille, je me suis intéressé au jazz, au jazz rock, j’ai commencé à bidouiller des synthés et après j’ai glissé progressivement vers le rap, et vers la prod rap. Après, l’électronique, ça veut tout et rien dire. Ce n’est pas un genre pour moi. C’est un instrument, une palette.

Comment as-tu appris à chanter ?

En composant les morceaux et les prods naturellement, j’ai vu ou ma voix sonnait, j’ai arrêté d’essayer un répertoire qui n’était pas pour moi. Je me suis posé la question, « à quel moment j’ai plaisir à écouter ma voix ? ». Chanter c’est venu naturellement, plus tu chantes, plus tu aimes ça. Le plus dur, c’est de sortir la voix.

Comment on continue d’apprendre, quand on fait de la musique ?

J’ai beaucoup appris en accompagnant d’autres artistes, Kery James, Fianso, Chilla… Je faisais les claviers et la direction musicale. J’ai appris auprès de tout le monde, la manière de voir le show, d’appréhender le public, c’est complètement différent d’un artiste à l’autre.

C’est du courage de se présenter tout seul sur scène sans musicien à côté pour te soutenir ?

Moi j’aime bien être maître de mon show. Je mets le temps que je veux, et puis ce n’est pas égoïste mais les prods, etc, tout est à moi, j’assume ce qui sort des enceintes.
J’adore accompagner les gens, glisser dans la prod des autres, faire le caméléon et en même temps essayer de la sublimer parce que c’est toujours eux qui ont le dernier mot, j’adore accompagner les artistes. Et puis ça fait du bien d’être dans une place au service de l’autre, de sa musique. UssaR est vraiment né des influences politiques de tous ceux que j’ai accompagnés dans mes textes, il y a du Kery James, il y a du Fianso.

Tu as sorti le clip de la chanson 6 milliards, est-ce que tu penses aux images quand tu écris ta musique ?

Le clip est venu bien après. Quand j’écris j’ai toujours quelque chose de très cinématographique dans ma tête, j’imagine un décor, une ambiance. Il faut qu’il soit dans un décor sinon le morceau se balade et je n’aime pas ça. Je l’ancre dans des lieux, dans des endroits. Il y a beaucoup de références à des lieux dans mes chansons, c’est aussi par rapport à ça, ça permet de l’ancrer quelque part.

Justement, est-ce que t’as besoin d’être dans un endroit précis pour écrire ou tu écris n’importe où ?

Sur le premier EP j’ai écrit beaucoup de textes. J’ai commencé à tenter des choses en studio pour arriver à avoir des compos, voir des prod complètes, et je ne fais pas de yaourt quand je ne trouve pas la mélodie, les paroles, ou les sonorités. Souvent je sortais du studio, j’allais prendre une bière, je me posais avec le casque et la prod, et je testais des trucs. J’aime bien sortir du studio pour écrire, c’est cool, il y a des choses qui viennent très vite. J’aime bien procéder comme ça, les choses viennent beaucoup plus naturellement quand tu ne te mets pas la pression.

Sur quel morceau t’es-tu livré le plus émotionnellement ?

Je crois que c’était Loin, c’est celle qui me définit le mieux, et qui définit le mieux où je souhaite être dans les rythmiques, très abstract, très texturée et en même temps les cordes très tendues, très cinématographique et une voix posée, basse, chantée. Après je ne sais pas si c’est ma préférée.

Pour toi, c’est quoi la définition de la première pluie ?

Je viens de Normandie, j’ai une chanson qui s’appelle Antilles Normandie ou je parle de la pluie. Pour moi, la première pluie c’est la première pluie Normande, c’est celle qui te crache à la tête, il ne pleut pas vraiment mais ça t’humecte.

Il faut quoi pour passer un bon moment ?

Une bière, un bateau, une interview cool, des gens sympas. Les bons moments c’est souvent accompagné, s’il y a bien un truc que la pandémie nous a appris, c’est que les bons moments sont accompagnés.

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par Marie Tissot et Eloïse Dave / Photo : Diego Zebina

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Entretien réalisé pour Splash, pendant le festival Bon Moment,
du 7 au 25 juillet 2021, porté par L’Autre Canal à Nancy.