« Depuis le début, je fais les choses instinctivement » / Julien Granel, interview

Colorieur de scène et d’espace, enthousiaste permanent, émerveillé conscient, Julien Granel est un phénomène. Peintre du live, il livre une pop dansante et parfumée, pleine de liberté et riche d’influences. Conquérant des foules des premières parties d’Angèle ou Maxence, toujours sur la route ou en train d’inventer une nouvelle couleur ou une nouvelle danse, il fallait qu’on lui pose quelques questions. Parce qu’il a quelque chose de notre génération, créatif, débrouillard, et instinctif. C’était il y a un an.

Tu as une chanson qui s’appelle La mer à boire, justement, qu’est ce qui te semble la mer à boire à toi ?  

Oh, il y a beaucoup de choses qui semblent insupportables. Parfois j’ai l’impression que tout est insupportable, et que qu’en se faisant force, on peut passer au dessus de ça. Justement dernièrement, j’ai compris que beaucoup de choses étaient en fait faisables. Ça fait aussi partie de ce truc d’avoir de l’espoir, et de dédramatiser certaines situations. C’est de ça dont parle le morceau. De se dire qu’il y a beaucoup de choses qui ne sont pas très graves, et qu’il faut avancer. 

« Un mot pour définir notre génération ? Créativité. »

Tu incarnes, avec quelques autres, une génération qui prend forme sur la scène française, si tu en étais le porte parole, comment tu parlerais de cette génération ? 

Je trouve qu’il y a vraiment un nouveau truc qui se passe en France, avec plein de nouveaux projets trop cools, en français. Si j’avais un mot pour la définir, ça serait la créativité. Il se passe quelque chose de très créatif. Et à la fois c’est aussi un gros métissage de plein d’influences. Ça vient sûrement d’internet et du fait de pouvoir tout écouter. Une génération qui a assimilée plein d’influences et qui vient créer avec sa petite patte. Je trouve ça très excitant. 

Tu t’es aussi fait remarquer dans le film d’Eva Husson Gang Bang, un film très visuel et aussi générationnel, tu crois pas ?  

C’est clair. Et c’est ce qui m’a plu quand j’ai rencontré Eva, qui réalisait. C’est ça qui m’a fait passer le pas d’y aller. Je ne me suis pas présenté pour y aller, ça m’est tombé dessus. C’est vrai que c’est un projet très générationnel, avec une vraie esthétique marquante, qui correspond aussi à notre génération. 

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Photo : Eliott Fournie

On parle d’esthétique, qu’est ce qui t’inspire toi justement, pour construire tes morceaux et la tienne, d’esthétique ? 

En fait, j’ai grandi dans le sud-ouest de la France. Et jusqu’à mes 18 ans, je n’étais pas allé dans une ville, comme Bordeaux ou Paris. Je suis vraiment resté dans un petit village, dans les Landes. Et au fond, ce calme, cette espèce de ligne d’horizon de l’océan et tout, c’est quelque chose qui m’a toujours fasciné et inspiré. C’est devenu La mer à boire. 

Mais je me suis aussi vraiment inspiré par cette accélération, d’être passé de ça à la vie d’une grosse ville. Les rencontres. L’accélération de plein de choses, de vivre plein de choses. Je crois que les bons, comme les mauvais côtés de tout ça, ça m’a beaucoup inspiré. 

Justement j’ai ressenti un truc, dont on parlait, hyper générationnel. Il se passait quelque chose que je trouve stimulant dans notre génération, dans la création, dans la manière de communiquer, de voir les autres, dans l’ouverture d’esprit. C’est un mélange de tout ça qui m’a donné envie de mettre ça en musique. 

T’es aussi dans la réalisation et tu travailles beaucoup les visuels d’une manière général, qu’est ce que tu cherches à montrer avec les images que la musique ne peut pas dire à ton avis ? 

Au final, vu que je fais la musique d’abord, dans le clip, j’essaye d’apporter une nouvelle dimension. Je ne cherche pas la traduction de la musique. J’essaye plutôt d’explorer des images qui vont apporter des émotions. J’aime bien l’idée que l’image vienne appuyer en profondeur la musique et donner un nouvel horizon justement. C’est nouveau pour moi de réaliser des choses. C’est pas quelque chose que je fais officiellement, j’ai jamais appris à le faire. J’ai commencé avec mon téléphone, en faisant ce que j’appelle des freestyles-pop. C’est du fait main. Je me suis dit “Ok, je le fais avec un téléphone, pourquoi je le fais pas avec une caméra ?”. Les clips sont venus comme ça. 

« Depuis le début j’ai voulu faire les choses instinctivement. »

C’est marrant, parce que ça encore c’est générationnel, de pouvoir toucher à tout, d’avoir la main sur son art. 

C’est clair. et je vais te dire, on parlait du fait main, et ce que j’ai là, tout est fait main. Même ce que tu vas attendre juste après dans le live. Tout sort de ma chambre. Tout sort de mon ordinateur, rien n’est passé en studio sauf deux morceaux. Du coup ça vient directement toucher les gens. Ça me rappelle le truc de publier des freestyles-pop sur instagram ou de communiquer direct avec les gens. J’aime bien ce truc un peu instinctif, direct. Envoyer ce qui vient de sortir, sans trop réfléchir. 

Ça fait forcément penser à quelqu’un d’autre, qui a commencé sur instagram, avec des petites vidéos spontanées et virales. 

Aha ça c’est une belle transition. Bien joué. 

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Photo : Eliott Fournie

De quoi cette immense tournée aux côtés d’Angèle justement, est-elle l’expérience pour toi justement ? 

C’est une expérience déjà, complètement folle. C’est de vivre ça comme ça. Je suis hyper émerveillé. C’est une énorme chance. C’est surtout des rencontres avec des nouvelles personnes qui découvrent ma musique. C’est une belle histoire aussi avec Angèle. Elle m’a vraiment fait confiance sur toute cette tournée. Qu’elle soit content des premières parties, c’est hyper cool. C’est un gros kiff. C’est un condensé de mille choses, de mille sentiments, de mille émotions, d’adrénaline, de peu de sommeil. C’est le bonheur. 

Mais je pense qu’on entend ton sourire quand tu en parles. 

Ah oui. Surtout que là on est à quelques minutes d’aller sur scène. Ça monte. 

Tu te voyais où, en 2019, quand tu es sorti du lycée, tu pensais que tu allais faire quoi ? 

Depuis que j’ai 6 ans, j’ai toujours dit “quand je serai grand, je ferai de la musique”. Je faisais des concerts sur mon lit pour mes parents quand j’avais 6 ans, ça devait être scandaleux. La fin du lycée, c’est le moment où je me suis dit “Ça y est maintenant tu as ton bac, qu’est ce que tu fais ?”. Je finissais mes études au Conservatoir aussi. Je savais pas s’il fallait que je fasse une fac en sécurité. Je me suis dit que non, je sentais que c’était le moment et qu’il fallait que je fonce. Je me suis jeté à l’inconnu. Je t’avoue que c’était le plus gros saut de ma vie. Je ne me suis plus posé de questions. Depuis le début j’ai voulu faire les choses instinctivement. Quand je sens quelque chose, je le fais, je fonce. Pour l’instant c’est cool, j’espère que ça va continuer. 

T’as que le bac du coup ? 

Ouais ! 

On est deux. 

Ah ouais, toi aussi ? En vrai, j’ai un diplôme de conservatoire, j’ai fait 14 années de conservatoire quand-même. Mais j’ai pas fait d’études supérieures. 

Je pense que c’est intéressant d’entendre ça. Genre “quelque chose d’autre est possible.” 

C’est clair. C’est hyper important de montrer qu’on peut faire des choses. 

« J’ai hâte de voir à quoi va ressembler mon album. »

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Photo : Eliott Fournie

Comment tu imagines la suite ? 

La suite déjà, je la vois avec un album. On parlait de ce que je pouvais imaginer étant plus petit. Je me rappelle, quand j’achetais des cds, je me disais qu’un jour j’aurai le mien entre les mains. Et j’ai hâte de ce moment là. J’adorais regarder les cds, les livrets. Donc mon but c’est de construire un album. À mon avis, il y a une bonne année de travail dessus. Mais d’ici là, plein de titres vont sortir petit à petit. Et puis j’aimerai aussi avoir ma propre tournée. Mais je vais surtout continuer de kiffer et de m’émerveiller de tout ça. Je crois que c’est ça le plus inspirant. Je ne vais vraiment pas me mettre de barrière et prends toutes les libertés possibles musicalement. C’est ce qui m’excite le plus. Donc : Album. Et moi même j’ai hâte de voir à quoi il va ressembler. 

J’ai une dernière question, qu’est ce que ça t’évoque la Première Pluie ? 

La Première Pluie, moi ça m’évoque la fin de l’été. Et tu vas voir tout à l’heure que j’ai un morceau qui s’appelle la fin de l’été, qui parle de ça, de la nostalgie de la fin de l’été. Cette première pluie voilà, c’est un peu la fin de quelque chose et le début d’une nouvelle saison. J’aime bien cette idée de la nostalgie. Je vois toujours la nostalgie comme un truc heureux. Parce que ça part de bons souvenirs. C’est souvent ce qui me procure le plus d’émotions. J’aime bien l’idée de construire autour de ça. 


Arthur Guillaumot / Photos : Eliott Fournie. Entretien réalisé à La Vapeur, à Dijon, le 9 mars 2019, Julien Granel se produisant en première partie d’Angèle. Remerciements à Wagram Music et Cinq 7. 

 

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