Absence d’idées, fantasmes empruntés et un espace politique difficile à incarner. Dimanche 13 février, à la tribune du Zénith de Paris, Valérie Pécresse a explosé en plein vol. Autopsie d’un crash prévisible. 

Pas facile. Gagnante surprise – rappelons-le – de la primaire de la droite aux dépends d’un Xavier Bertrand que tout le monde désignait d’avance, Valérie Pécresse est sur le ring depuis un moment maintenant. Arrivée deuxième derrière Eric Ciotti au premier tour de cette même primaire, elle doit composer après avoir défait le député des Alpes-Maritimes en finale de la coupe du monde de la droite républicaine début décembre. 

En quelques jours, la présidente de la région Île-de-France a encaissé pas mal de coups. En particulier à la tribune de son grand meeting, au Zénith de Paris. Un dimanche dans le vide, à jouer un mauvais personnage de bourgeoise déconnectée de la vie. Mais en plus de ressembler à un personnage de caricature, elle a passé les lignes que la droite “républicaine” passe de plus en plus allègrement et naturellement ces dernières années. En parlant de “français de papiers” ou en reprenant à son compte la thématique du grand remplacement, celle qui marchait contre le mariage pour tous il y a 10 ans est restée celle qu’elle est : l’incarnation d’une droite dure. 

Et c’est sans doute ce qui a fait d’elle la championne des Républicains : les plus lights ont quitté le navire et ont rejoint l’amicale de la macronnie avec Edouard Phillippe. La politique du président sortant étant ce qu’elle est : déjà bien-bien à droite. Ce qui manque à ceux qui restent chez LR, c’est le discours assumé et radical sur l’immigration et la sécurité, incarné par Eric Ciotti ou Laurent Wauquiez et donc, Valérie Pécresse. Qu’on ne s’y trompe pas, ceux qui restent chez LR aujourd’hui, cachés derrière des figures comme celle du fameux général, sont plus proches que ce qu’on croit d’appeler à voter plus à droite qu’eux s’ils ne sont pas au deuxième tour. Le parti a perdu son ancien numéro 2, Guillaume Peltier, qui a rejoint la campagne d’Eric Zemmour, et a vu Ciotti concéder qu’il pourrait appeler à voter pour le polémiste en cas de deuxième tour face à Emmanuel Macron. 

Le pire ? En faisant du sous Zemmour, elle est passée sous Zemmour dans les derniers sondages en date… Prise en tenaille entre le président sortant et les deux candidats d’extrême droite, l’ancienne ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de Nicolas Sarkozy peine à trouver son espace politique. Et si Valérie Pécresse devait affronter Emmanuel Macron au deuxième tour le 24 avril prochain ? Elle ferait à peine un meilleur score que Marine Le Pen selon le dernier sondage de l’Ifop daté du 17 février. La preuve s’il en est que le gros des troupes se rejoint à la fin. Droite extrême et extrême droite.

Il y a quelques jours, Valérie Pécresse a fait une bourde. Interrogée sur sa passion pour le cinéma, elle a confié qu’elle avait hâte de rattraper son retard sur les films qu’elle ne peut pas voir pour le moment. Un retard qu’elle entend rattraper… dans deux mois. Où sera-t-elle et qu’en sera-t-il ? La campagne est loin d’être terminée, et Valérie Pécresse incarne déjà mieux que jamais la droite la plus lasse.

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Arthur Guillaumot / Photo Benoit Tessier le 13 février au Zénith pour Reuters