Pendant quatre ans, Queen Myrtie, 24 ans, a été une dominatrice. Loin des dojos et des fouets, elle a essentiellement pratiqué la domination financière et l’humiliation avec la dizaine de soumis avec qui elle a relationné. Pour Première Pluie, elle a accepté de se confier sur les coulisses de son activité… très particulière. 

« Bonjour Reine« . Tout commence en 2020, avec un mail. En quelques lignes, l’homme de l’autre côté de l’écran, un commercial de vingt ans son aîné, divorcé et père de deux enfants, présente sa candidature et décline son CV — un peu particulier.  » J’aime l’idée de servir, d’obéir, d’être éduqué et d’apprendre à être serviable et utile pour une Reine qui m’accepterait à ses pieds.

©QUEEN MYRTIE

À cette époque, la destinataire de la missive se fait appeler « Queen Myrtie » et il sera son premier soumis. Cela fait quelques semaines que la France est confinée et plutôt que d’aller courir ou de se mettre à la peinture, Queen Myrtie préfère vendre des photos de ses pieds vernis à des inconnus. Mais comment passe-t-on des fétichistes aux soumis ? “Ça commence par un peu d’avarice : j’avais 19 ans, j’étais boursière, je vivais dans 24m2. J’avais envie d’en avoir plus.” Et dans « ce monde-là », les choses vont très vite. “Il faut faire attention, l’argent ça rend fou”, prévient celle pour qui “ça n’a toujours été que de l’argent de poche”. Des filles qui se posent comme limites de ne vendre que leurs culottes sales puis qui finissent quelques mois plus tard par bouffer leur propre merde pour un gros billet, elle en a vu.

Tu connais tout de lui et lui ne connaît rien de toi et tout part de là.

Ainsi, Queen Myrtie fait son entrée en mars 2020 dans l’univers feutré des dominatrices et de leurs soumis. Elle apprend sur le tas grâce à la solidarité incroyable qui existe entre les travailleuses du sexe. C’est en discutant avec d’autres filles qu’elle se renseigne sur les pratiques, les tarifs, les choses à éviter, les comptes à bloquer. “Il y a des mecs qui peuvent profiter de ton inexpérience. Faut pas croire : tous ne sont pas des soumis bien intentionnés, il y a des tordus.”

©QUEEN MYRTIE

S’il y a plein de manière d’être dominatrice, Queen Myrtie est portée sur l’aspect financier. Dans son genre, elle se présente comme une dominatrice « the girl next door » : un univers girly, supplément paillettes. “Il faut savoir sortir du lot. Les filles super dark dans des combis en latex, c’est chiant. Et puis, tu attires la clientèle qui va avec. Moi je voulais du fric mais que ça reste chic.” Au total, sur quatre ans, Queen Myrtie a côtoyé une dizaine de soumis. Avec chacun, le vouvoiement est de rigueur et elle conclut un contrat. “ C’est ce côté très cérémoniel qu’ils aiment bien.” Autre chose super importante : “Tu connais tout de lui et lui ne connaît rien de toi et tout part de là.” Elle a leur identité, leur métier, leur adresse. Et eux, niet. Tout au plus ont-ils vu sa silhouette. “C’est comme ça que tu maintiens le culte, il faut les frustrer.” Leur plaisir c’est “servir des meufs trop belles qui leur resteront inaccessibles.

“Il a nettoyé mes chaussures avec sa langue.”

Avec son premier soumis, elle pose ses limites : “que du virtuel, jamais de rencontres IRL (ndlr : in real life)”. Mais elle aussi, par appât du gain, finit par céder. “La première fois que je l’ai vu, je me suis dit que j’allais finir ligotée comme le petit Grégory.” La rencontre dure deux minutes. Juste pour la voir, il donne deux cartouches de cigarettes et un billet de cent. Soumis n°1 lui fait des offrandes, des journées shopping, etc. “Il se mettait dans le rouge pour moi, dilapidant la pension alimentaire de ses gosses.” Doucement, la domination financière se conjugue à l’humiliation. “Il a nettoyé mes chaussures avec sa langue.” Puis, à de la domination physique. “La première claque, j’étais gênée de la lui mettre. Après, c’était génial. Quelque part, je trouvais qu’il les méritait.” 

©QUEEN MYRTIE

Si certaines font différemment, Queen Myrtie ne relationne qu’avec un soumis à la fois. “Si tu veux qu’il soit à fond dans le truc, il faut que tu le sois aussi.” La plupart d’entre eux sont militaires, policiers, médecins. “Des mecs qui pèsent, tout le temps dans le contrôle et qui se déchargent dans le sexe.” Avec certains, elle ne fait que discuter. Parfois, elle joue un peu à la psy. “Un allemand me virait 300 balles tous les soirs juste pour parler avec lui sur WhatsApp.” Le plus loin qu’elle aille, c’est accepter de se faire lécher les pieds. Certains font plusieurs kilomètres juste pour lui sucer les orteils au détour d’une ruelle.

Certains font plusieurs kilomètres juste pour lui sucer les orteils au détour d’une ruelle.

À force, elle se construit un petit cheptel où chaque soumis a sa fonction, prenant volontiers en charge les dépenses de son existence : séances d’UV, manucure, restos entre copines, sacs de luxe, même la litière du chat est « honorée » par eux. “Dit comme ça, ça fait rêver : ce qui me plaisait c’était de rentrer dans le personnage mais c’est dur aussi et parfois tu t’y perds.” Sans compter que la domination est aussi prenante que de gérer une entreprise. “Tu passes tes journées sur ton téléphone à leur répondre, à faire ta communication, soigner ton image. C’est très chronophage, surtout quand tu ne veux pas en faire ton gagne-pain principal.” Et puis les soumis restent des hommes : « Donc décevants, il ne faut rien attendre d’eux, à un moment ou à un autre, ils finissent tous par déborder des limites du contrat. »

©QUEEN MYRTIE

Elle a commencé par “vomir un peu le truc”. Aussi, depuis septembre 2024, fini les soumis, Queen Myrtie a raccroché les bodys sexy et bas résilles. Elle ne les ressort que pour son amoureux, qu’elle a épousé l’été dernier.

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Des soumis et des hommes — article tiré de Première Pluie magazine n°14, à découvir ici.

Texte : Clara Hesse

Photos : Queen Myrtie

Graphisme (dans le magazine) : Valentine Poulet