< Tous les articles Écologie Interviews Vincent Munier : « Je suis en première ligne pour constater ce qu’on fait subir à la nature » / Interview Par Arthur Guillaumot 15 janvier 2026 Vincent Munier est l’un des plus grands photographes animaliers au monde. Le vosgien a voyagé dans des zones extrêmes, au contact d’animaux mythiques. Quatre ans après le succès de La panthère des neiges, son nouveau film Le chant des forêts, largement tourné dans les Vosges, rappelle que Vincent Munier est d’abord un spécialiste de son environnement. Tu as grandi dans les Vosges, est-ce que tu penses que les choses auraient été différentes si tu avais grandi ailleurs ? J’en suis persuadé. Le territoire a beaucoup influencé mes choix. Sur les chemins que j’ai pris, sur les destinations que j’ai choisies. Même sur mon esthétique photographique, sur les lumières, les brumes. Les Vosges, c’est un patrimoine naturel qui est très riche — et qui n’est pas assez mis en avant — et en même temps il y a une vraie laideur, avec des cités industrielles dévastées, avec l’exode rural. J’étais partagé entre les deux. J’habitais à côté de la voie ferrée dans une friche industrielle qui n’était pas très jolie. Je pense que j’aiguisais mon regard pour chercher des fenêtres vers la beauté. Pour autant, est-ce que tu as déjà pensé à t’établir de façon définitive ailleurs ? Oui. C’est un grand mal de notre société, on a toujours l’impression que c’est mieux ailleurs. Surtout moi en l’occurrence. J’ai eu énormément de chance. D’avoir grandi là, d’avoir vu un grand panel de pays et de cultures… J’ai quand-même beaucoup voyagé à une époque, pour des magazines, des pour des reportages sur la conservation de la nature. C’est un fait : je suis un grand chanceux. Souvent, je me suis dit : Pourquoi ne pas m’installer au fin fond du Kamchatka¹ ? J’avais tout. Mais il manquait la culture, la famille, les racines, on y revient. Comme un aimant, je revenais à ce camp de base, dans les Vosges. C’est étonnant, parce que quand on connaît ma nature et mes souhaits, on me verrait plutôt dans une cabane au fond de l’Alaska en solo. Je n’ose pas. Mais c’est aussi parce que j’ai eu une vie sociale riche. Partagée entre la vie solitaire dans les grandes expéditions, et la famille, les amis, la culture. J’aurai eu un manque. “Tu ne peux pas juste sauter d’un avion à l’autre. C’est de la photo fast-food.” Et si c’était « l’embarras du choix », qui nous ramenait à l’endroit d’où l’on vient ? Exactement. Je pense que j’ai ce côté casanier. J’ai fait le choix d’acheter une ruine isolée, dans les Vosges, je n’ai pas de vis-à-vis. J’ai tout retapé, il y a de la nature tout autour, j’ai des animaux, des poules, des moutons, des chèvres, un chien, etc. Mais j’ai aussi ce côté aventurier, explorateur. En fait je suis dans un paradoxe, mais ici, j’arrive à trouver l’équilibre. On a tendance à idéaliser cette vie d’ermite. Mais ce n’est pas si simple. Si tu décides de vivre en Alaska, comment tu vis là-bas ? Tu deviens trappeur ? Chasseur ? Pêcheur ? Ou alors tu achètes des choses à surgeler ? J’ai d’autres potes qui vivent en appartement à Paris et qui voyagent toujours pour faire leurs photos. Moi je crois que j’ai besoin d’un ancrage, à la nature. Plus j’avance dans l’âge, plus j’ai besoin de nature, de silence, et de moins sentir la présence de l’homme. C’est ce qui me gêne parfois un peu ici en Lorraine. On est quand-même dans un bassin très anthropisé. Il y a du monde. Les coins sauvages ne sont pas évidents à trouver. Donc parfois j’ai des échappatoires, je voyage. Quel est ton rapport au temps, quand tu voyages ? J’aime rester longtemps sur le terrain. 1 mois, 2 mois, 3 mois, etc. C’est très important pour bien lire le paysage. C’est vraiment un secret de réussite dans la photo animalière. Tu ne peux pas sauter juste d’un bateau à l’autre, d’un avion à l’autre. C’est de la photo fast-food. Maintenant avec Internet, ça se fait beaucoup, on a tous les bons spots. Très vite on peut aller dans des endroits où on est efficaces et performants. Ce que j’ai aimé sur La panthère des neiges, c’est que ça s’est fait sur le long terme. Il y a eu 3-4 voyages sans la voir. Tout se fait petit à petit. Je trouve que c’est quand-même un peu plus excitant que d’aller tout de suite dans des endroits où tu es quasiment sûr d’avoir le bon cliché si tu payes et que tout est préparé. Ce sont deux approches différentes. Et de vraies questions. La panthère des neiges, ça a changé des choses dans ta façon de travailler ? Après La panthère, j’ai arrêté de voyager. Pendant 5 ans, je n’ai pas pris de billets d’avion. Je culpabilisais. C’était entre moi et moi. Je me demandais si le jeu en valait la chandelle. Est-ce que ce que je vais raconter compense mon impact sur le réchauffement climatique ? Je l’ai repris récemment sur des projets qui me semblent avoir du sens. Tu es allé où ? Au Bhoutan. J’en rêvais depuis longtemps. C’est un pays un peu à part, et qui a beaucoup à nous apprendre je crois. C’était pour un ouvrage commandé par le roi et la reine. Il y avait une dizaine de photographes : Steve McCurry, Michael Yamashita, Melisa Teo, Gueorgui Pinkhassov, etc. Là, on va voir pour en faire un autre plus porté sur leur lien très fort avec la nature. Tu es allé où ? Au Bhoutan. J’en rêvais depuis longtemps. C’était une opportunité intéressante de mettre en avant leur politique environnementale. C’est un pays un peu à part, et qui a beaucoup à nous apprendre je crois. Le lien avec la nature est très fort. Tu étais là-bas avec un objectif ? J’y étais pour une commande de sa majesté et de la reine. Il y avait une dizaine d’autres photographes : Steve McCurry, Michael Yamashita, Melisa Teo, Gueorgui Pinkhassov, etc, avec des commandes bien spécifiques, pour un seul ouvrage. Et là, on va voir pour faire autre chose plus porté sur la nature. Tout ça pour dire que quand j’ai pris l’avion pour le Bhoutan, il y avait un arrêt à Dubaï. Et après 5 années sans prendre l’avion, j’ai halluciné. Les gens qui viennent pour quelques jours seulement, faire du quad dans le désert ou du jet ski… C’est complètement surréaliste. Il y a un énorme fossé. Temps qu’il n’y aura pas de législation au niveau mondial, ou de COP qui ont plus de sens, on sera dans un surréalisme dingue. “Je suis en première ligne pour constater ce qu’on fait subir à la nature.” Montrer les changements du monde, les changements liés au réchauffement climatique, ça fait partie de ton travail ? Oui. Je suis en première ligne pour constater ce qu’on fait subir à la nature. Même si ça serait un peu facile de continuer à voyager sans scrupule sous prétexte que mes photos peuvent sensibiliser les gens. Beaucoup ne sont pas touchés par les espèces qui disparaissent ou les paysages qui s’enlaidissent. Quand je suis allé au Bhoutan, il y avait un arrêt à Dubaï. J’ai halluciné. Comment revenir à plus de raison ? Montrer les changements du monde, les changements liés au réchauffement climatique, ça fait partie de ton travail ? Oui. C’est des questions qui reviennent et que je me pose en permanence. C’est dur, parce que je suis en première ligne pour constater ce qu’on fait subir à la nature. Je fais beaucoup de prises de son, et en 10-15 ans, je suis choqué de l’évolution du nombre d’avions sur mes micros la nuit, c’est hallucinant, ça ne fait que grimper. C’est parfois violent. Mais ce qui m’affecte, c’est que j’ai l’impression que ça ne touche pas la plupart de nos contemporains. Il y a beaucoup de gens qui ne sont pas touchés par les espèces qui disparaissent ou les paysages qui s’enlaidissent. On est dans une impasse. Je ne sais pas comment on va s’en sortir. Comment revenir à plus de raison, plus de saveur des choses ? Il faudrait que prendre l’avion redevienne quelque chose d’exceptionnel. Maintenant, il y a des gens qui prennent l’avion comme on prenait le bus. Personnellement, j’essaie de réduire. Ce serait un peu facile de continuer à voyager sans scrupule sous prétexte que mes photos peuvent sensibiliser les gens. Tu continues de découvrir les Vosges ? Oui. Il y a plein de petits endroits que je découvre et qui me font du bien. Et puis, il y a des espèces qui disparaissent, d’autres qui reviennent. Il y en a beaucoup plus qui disparaissent, surtout en plaine. On a un modèle agricole qui a bousillé nos plaines, donc toute une salve d’insectes et d’oiseaux qui sont partis. Sans parler de l’eau polluée. Mais en montagne, là où le relief est un petit peu plus compliqué pour l’agriculture, on garde encore une certaine diversité. C’est pour ça que je suis revenu ici, j’étais en bas et je suis remonté. “Il y a une espèce animale qui perturbe toutes les autres : la nôtre.” Toi, tu t’es positionné contre la réintroduction du grand tétras. Le grand tétras, c’est l’oiseau qui m’a appris à vivre dehors. Quand j’avais 10-12 ans, je passais des nuits dehors, sous un sapin, avec mon père pas très loin. Mais son nombre a progressivement chuté jusqu’à sa disparition. Il ne reste maintenant qu’une ou deux femelles autochtones. Ils essaient de réintroduire des individus du Grand Nord mais ça ne marche pas, évidemment, parce que le climat n’est plus le même. J’ai donné mon point de vue. Ça n’a pas plu. Mais je me sentais légitime, avec le temps que j’ai passé au plus près de cet oiseau. Il s’avère que ça ne marche pas. Ils veulent tenter. Pourquoi pas. J’aimerai que ça fonctionne ! Comme d’autres réintroductions d’espèces qui ont disparu à cause de nous et qu’on réintroduit avec succès, comme le vautour, ou le gypaète, le castor ou la loutre. Le lynx; on a besoin que ça marche. Mais avant toute réintroduction, il faut déjà se demander si les conditions sont réunies. Pour le grand tétras, ce n’est pas le cas. Toutes les initiatives ailleurs ont échoué, mais ils s’acharnent. C’est dommage parce que ça fait mauvaise presse. Tout ça pour dire que cet oiseau a disparu et qu’on a eu beaucoup de peine. Mais d’autres espèces arrivent, donc il y a de grands bouleversements. Des choses qui nous échappent, parce que la structure de la forêt change avec le bouleversement climatique. Il y a des insectes qui arrivent. On voit de plus en plus de mantes religieuses, il y a les cigales qui remontent. On a aussi la chouette chevêche, qui n’était pas présente et qui revient, le hibou grand duc aussi ! C’est un perpétuel mouvement. Avec une espèce animale qui perturbe toutes les autres, la nôtre. Il faut qu’on apprenne à vivre en limitant notre impact sur le vivant. C’est important d’avancer en ayant ça en tête. Même pour vivre ensemble, entre humains. Les fossés se creusent, on est dans des silos, avec une étanchéité de plus en plus forte. Il n’y a plus de nuances, plus de discussions. Ce qui se passe aux États-Unis, on va le vivre en France. Observer que nous, humains, ne sommes pas seuls, nous aiderait à vivre ensemble. Le problème vient du modèle ? Je pensais que le Covid allait nous permettre de repenser le modèle. Plus on va vers l’intensification à tous les niveaux, plus on perd en diversité. Le Covid nous a rappelé qu’on était vulnérable, mais on a très vite recommencé à parler de croissance, de performance, de gestion, de maîtrise. On est drogués au capital et à la croissance. Je n’aime pas forcément le mot décroissance, il fait un peu peur, mais en même temps, il faut tendre vers ça. La surconsommation, ça n’a aucun sens. On est des enfants gâtés. Il faut ralentir pour savourer. C’est dur de dire ça, parce que ce n’est largement pas le cas de tout le monde, il y a vraiment des gens qui galèrent. Mais dans l’abîme, il faut parfois voir le positif, on arrive encore à créer des moments de solidarité qui sont très beaux. “Avec Sylvain Tesson, on a fait des passerelles entre des mondes.” Le positif, il peut aussi venir de la transmission, tu as fait ce film avec ton père et ton fils pour l’illustrer ? Parfois je vis un peu la notoriété qui est arrivée avec La panthère. Je suis juste un petit vosgien, photographe et passionné. Je partage cette passion par l’image, fixe d’abord puis animée maintenant. Je parlais de la chance que j’ai eue, de par mon territoire, de par mon éducation, j’ai envie de la partager un peu. Avec mon petit rayonnement, j’ai eu envie de partager ce que m’a enseigné mon père au plus grand nombre. Dans ce film, il y aussi mon fils. Les enfants, c’est le futur. Surtout à 10-15 ans, c’est l’âge où il se passe des choses. Moi, ma vie a basculé à 12 ans au contact des animaux sauvages. On parlait du vivre ensemble et de la tolérance. Je vis à la campagne, entouré de paysans, de chasseurs. On a un rapport à la nature qui est particulier. On a déclaré la guerre. Il y a toute une sémantique. On parle d’une espèce, on dit « dégât » ou « nuisible », ce sont des mots que je ne supporte pas. Tout de suite, on pense par rapport à nous, c’est un grand manque de tolérance. On peut faire le parallèle avec la façon dont on traite les migrants, les étrangers. L’idée avec ce film, et c’est pour ça que mon fils est dedans, c’est de véhiculer dès le plus jeune âge des valeurs de tolérance et d’ouverture vers le grand Tout. C’est probablement plus simple quand les choses opèrent dès le plus jeune âge. Depuis tes débuts, tes photos sont régulièrement accompagnées de textes, les tiens et ceux des autres, Charlélie Couture, Matthieu Ricard, Sylvain Tesson, etc. Les mots peuvent sublimer les photos ? J’aime les collaborations. Et je connais mes limites. Je suis vraiment un homme d’images. Je vois des images en permanence, de la musique à la lumière en passant par le dessin. Le fait de collaborer avec d’autres arts élargit les champs. Sylvain Tesson est un écrivain célèbre, on a fait des passerelles entre des mondes. Et il a quand même une légitimité dans le voyage. J’ai été très touché par Sur les chemins noirs. Même si on n’est pas d’accord sur tout. Il avait une vision de la France, et une vision écologique. Mais oui, j’aime les collaborations. En ce moment, j’aime beaucoup Baptiste Morizot, on va voir ce qu’on peut faire ensemble. Vous n’avez pas connu cette époque où il y avait des philosophes sur les plateaux télé, Jean-Edern Hallier, Bernard-Henri Lévy, etc. Ils ne parlaient que de l’homme et l’homme. Aujourd’hui, la parole a changé avec Philippe Descola, Baptiste Morizot, Vinciane Despret, etc. On respire. On a ramené l’animal et le vivant dans la pensée. C’est positif. “Les espèces totems, c’est un peu un piège.” À quel moment tu as senti la nécessité de créer Kobalann ? J’ai une certaine exigence, je suis un éternel insatisfait. C’est quand-même dur, le temps passé pour avoir une image. Quand on en a une, ça devient personnel. Donc, la confier à un éditeur qui parfois fait n’importe quoi avec… J’ai souffert quand des gens ont fait des choix, avec mon travail. J’avais l’impression d’être dépossédé d’une dimension personnelle et artistique. Donc en 2010, j’ai décidé de créer ma propre maison d’édition. Le livre, c’est un objet précieux, qui a beaucoup influencé mes choix, il faut le soigner. Je n’étais pas du tout éditeur. Il y a des gens qui disent “chacun son métier”. Certes. Mais maintenant on a quand-même accès à des outils qui nous permettent d’être artisan et de tout gérer. Le print et le montage, on fait tout en bas, avec Léo qui travaille avec moi. Kobalann me permet d’être artisan. C’est un peu chronophage, mais c’est satisfaisant de pouvoir choisir le papier, la couverture, le chemin de fer, etc. Ça fait 15 ans. C’est pareil avec la production de films. Je ne suis pas producteur, mais j’ai toujours eu du mal à répondre à des commandes. J’ai du mal à être structuré comme une entreprise, je fonctionne à l’instinct, aux rencontres, à plein de choses.. C’est dur de travailler avec moi. Je me suis vite échappé des grandes maisons et des directeurs artistiques qui imposent des choses. Mais j’ai galéré au début, j’ai eu des périodes assez compliquées. Ce n’était pas vraiment reconnu. Les réseaux sociaux ont changé les choses ? Le changement a sûrement été plutôt positif. À un moment, je n’avais pas de diffuseur, pas de distributeur. Donc la communauté sur Facebook, c’était la meilleure façon d’avoir des commandes quand on postait quelque chose, cette proximité. Donc à un moment, ça m’a aidé. Maintenant, je suis un peu perdu, je ne suis pas très actif. C’est chronophage, il y a des nouveaux codes en permanence, il faut être rapide et concis et en même temps beaucoup se raconter. Il y a les algorithmes et il faut beaucoup publier. Mais ça permet d’être indépendant. Maintenant j’ai un distributeur, mais comme dans le maraîchage, c’est toujours bien la filière courte. Et les réseaux sociaux permettent la proximité. Qu’est-ce que tu n’as pas encore réussi à photographier ? Plein de choses ! Même si ça fait 30 ans que je fais ça, rien n’est acquis. Parfois ça ne fonctionne pas. Je ne pourrai jamais tout photographier. Evidemment et heureusement. Il faut que certains rêves restent des rêves sous peine de perdre de leur charme. Ton métier, ta pratique, sont basés sur l’émerveillement, est-ce que parfois ça s’estompe à cause des aléas de la vie ? Il y a des phases. Parfois on ressent une belle énergie. Il y a certains voyages, où je n’ai vu que des traces, qui étaient aussi émouvants que ceux où j’ai vu la bête. Mon émerveillement ne s’érode pas vraiment. Par contre, je peux être dans un désenchantement quand je vois trop de choses difficiles. On est dans des périodes compliquées, de craintes et d’angoisses. Heureusement que j’ai ça, cette nourriture spirituelle, cette beauté, cet émerveillement. Est-ce qu’il y a des zones, le Nunavut, le Kamtchatka, les hauts plateaux tibétains, que tu as vu évoluer avec le temps ? Chez moi, déjà, ça c’est certain. À l’étranger, ça me fait un peu peur. Le retour au Kamchatka¹.. Là, je vais essayer de retourner au Nunavut, où j’ai vu les loups blancs. Je vais beaucoup en Norvège, depuis très longtemps. Ça va, parce qu’ils ne sont que 5 millions, mais on ressent quand même l’intensification de la sylviculture. Est-ce que tu as peur que ta pratique incite des gens à voyager, pour faire la même chose ? On me l’a un peu reproché. Mais le tourisme dans le Ladakh existait déjà avant que je fasse La panthère des neiges. J’ai fait un travail sur 10 ans, ce n’est pas du tourisme. Mais ça m’interroge. Quand j’ai fait les loups blancs en Arctique, des expéditions se sont montées, avec des motoneiges. C’est différent. On est submergés de belles images animalières. Encore plus avec Instagram. Chez les jeunes photographes, il y a plusieurs schémas. Antoine Labourel a été stagiaire ici pendant deux ans. Dans ses contenus, il amène des connaissances naturalistes. Il y en a d’autres, de son âge, très suivis, qui ne font que des spots très connus, en survol. Je pense qu’on va vite se lasser de ça. C’est tellement plus beau de voir quelqu’un qui a ses doutes. Passer d’un avion à l’autre, avoir le cul dans le 4×4, ce n’est pas intéressant. Est-ce qu’avec ce film, tu essayais de prendre le contrepied de l’idée qu’il faut aller loin pour voir des choses intéressantes ?Oui, c’est un défi, parce qu’il est moins exotique. Il n’y a pas Sylvain Tesson, l’écrivain super connu. Et les Vosges, ce n’est pas le Tibet. Il n’y a pas non plus une espèce emblématique, comme la panthère des neiges, le loup blanc, le lion, l’ours, le tigre, l’éléphant, etc. Les espèces totems, c’est un peu un piège. Pour moi, ce sont des prétextes pour les voyages, mais je ne hiérarchise pas. Il faut arrêter ce côté pyramidal, avec l’homme au-dessus, les prédateurs juste en dessous. Ma petite notoriété me donne cette responsabilité-là. C’est dans les Vosges, mais ça pourrait être dans le Jura, ou en Bavière. Les insectes, les amphibiens, ont aussi des rôles. Il y a un lynx vosgien, mais il y aussi toutes les espèces qui paraissent ordinaires. C’est pour ça qu’avec Le chant des forêts, je suis très content de sortir de l’étiquette du photographe aventurier. 1 : Péninsule volcanique située dans l’extrême-orient russe. __ Nature Picture — article tiré de Première Pluie magazine n°16, à découvir ici. Interview : Arthur Guillaumot et Carol Burel Graphisme (dans le magazine) : Valentine Poulet À lire aussi Écologie Interviews Vincent Munier : « Je suis en première ligne pour constater ce qu’on fait subir à la nature » / Interview 15 Jan 2026 Vincent Munier est l’un des plus grands photographes animaliers au monde. Le vosgien a voyagé dans des zones extrêmes, au contact d’animaux mythiques. 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