Il façonne les récits modernes de l’alpinisme. Benjamin Védrines va de sommets en sommets, des Alpes à l’Himalaya, avec grâce et grâce à son style rapide et léger, n’oubliant jamais d’emporter jusqu’au sommet des pieux, sa conception des exploits et de la nature.

Les histoires de montagne peuvent être des histoires universelles. Benjamin Védrines est un des plus grands alpinistes au monde, qui casse le mythe du surhomme que les gens tendent à coller sur sa combi. Et pourtant. Il réalise exploit sur exploit, en comptant parmi eux : le record sur l’ascension du K2 (8 611 m) au Pakistan, deuxième sommet le plus haut au monde, sans oxygène, en 10 h 59 min 59 s, quand il faut en moyenne cinq jours, avec assistance. Puis en duo avec Nicolas Jean, l’ascension du Jannu Est en Himalaya, (7 468 m) par la face nord en style alpin, sans cordes fixes et sans oxygène. Ici pas de record battu, parce que personne n’y était jamais parvenu. Ils sont les premiers, les pionniers.

©BENJAMIN VÉDRINES

Des prises de risque vertigineuses : il avait tenté l’ascension du K2 une première fois et avait frôlé la mort à cause d’une hypoxie sévère — diminution de la concentration d’oxygène dans le sang — à quelques mètres du sommet. La deuxième tentative était la bonne. Cette réussite donne naissance à un filmK2 : Chasing shadows — projeté pour la première fois au Grand Rex à l’occasion du festival montagne en scène. Ironie de l’histoire : un récit déjà presque remplacé par un autre. À peine revenu de l’Himalaya suite à sa gargantuesque ascension du Jannu. Il est assis au Rex où il découvre, au même titre que les spectateurs, la version finale de son ascension du K2. Mais que Védrines est rapide n’est en rien une breaking news, puis ce film est spécial, il parle d’autre chose que de performance. À son arrivée au sommet du K2, la salle s’attend à une effusion de joie, mais seul, avec son record exceptionnel et masqué de la tête au pied… Ses larmes fendent le silence religieux des hauteurs. L’image est puissante. Une fois en bas, il parle de son dégoût, « Il y avait presque une forme de tristesse. Parce que je trouvais ça malheureux de me dire : Le gars a besoin de ça pour vivre. ».

©THIBAUT MAROT

« A besoin de ça pour vivre ». Cette phrase, fragment de vie d’un grand athlète, est le symptôme d’un sentiment universel. Chacun possède sa « montagne intérieure » comme l’alpiniste la nomme. Son objectif, quel qu’il soit, et l’arrivée au sommet de celui-ci, laisse souvent place à un grand vide, ou à une effusion de joie bien furtive. L’insatisfaction est-elle le symptôme d’une génération, ou une condition humaine ? Le fait est que Benjamin Védrines, avec ses histoires de montagne, pose des questions presque philosophiques.

©BENJAMIN VÉDRINES

Tôt le matin à Paris, en plaine et sous la fumée d’un café qui donne du relief à nos semaines, Première Pluie s’est entretenu avec Benjamin Védrines. Pour parler de sa montagne intérieure, et extérieure. Joli complément du magazine dédié à la nature avec l’un de ceux, peut être se font -il de plus en plus rare, à qui elle dicte la vie. L’interview est disponible ici.

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Texte : Camille Police

Photo de Une : Benjamin Védrines, pendant l’ascension du K2