< Tous les articles Cinéma Magazine Campagne Paradise — Cinéma et ruralité dans le Grand Est Par Elisa Verbeke 9 avril 2026 Comment les petites salles de cinéma rurales du Grand Est parviennent-elles à tenir face aux grands complexes et autres Kinepolis ? Et comment préservent-elles leur charme et leur lien avec un public qui fréquente moins les salles ? Pont-à-Mousson, Place Duroc (54) Sur la seule place triangulaire à arcades d’Europe, les boutiques et les commerces sont comme repliés sur eux-mêmes. Depuis la fontaine centrale de la place, on ne saurait dire quel local appartient à un restaurant, un bureau de tabac ou un marchand de chaussures. On distingue à peine les lettres en fer forgé qui indiquent : « CINÉMA ». Et oui. Qui l’eût cru ? À l’heure où les centres-villes du pays se vident de leurs piétons, le Cinéma Concorde de Pont-à-Mousson, 15 000 habitant·es, continue d’attirer des dizaines de milliers de visiteur·ices par an. C’est André Carlotti, 55 ans, qui le gère. Ce grand passionné de cinéma a quitté sa Corse natale pour reprendre le Concorde en 2009 : “Je voulais faire un investissement pour le revendre 2-3 ans après, accorde-t-il,mais ça a tellement bien marché que j’y suis depuis 15 ans.” Aujourd’hui, il est aussi le vice-président du Syndicat des directeurs de cinéma de l’Est. Chalindrey, Rue Diderot (52) Deux départements plus loin, c’est dans la cité cheminote de Chalindrey, 2 300 habitant·es, en Haute-Marne, que l’on trouve le Cinéma Familial (c’est son nom). Il est présidé par Sylvie Liegey, 57 ans, enseignante en CM1 à Langres, la grande ville la plus proche, qui a repris la présidence de ce cinéma historique ouvert en 1951. À cette époque, la ville concentre une large majorité de cheminots qui décident de le construire d’eux-mêmes. Toujours en activité, cette salle mono-écran de 380 places est aujourd’hui gérée par une cinquantaine de bénévoles. “Les gens ne viennent pas au cinéma uniquement pour les films, mais aussi pour le côté social. S’il y avait un bar, ça marcherait encore mieux”, plaisante Sylvie. Le hall est resté à l’ancienne : un bar avec des friandises, du Formica marron et du bois : “On faisait des entractes à la moitié des films, comme au théâtre, jusqu’au Covid, et les gens adoraient ça. Il y a ici un côté social qu’on ne retrouve pas dans un Kinepolis.” “Les gens ne viennent pas au cinéma uniquement pour les films, mais aussi pour le côté social.” Sylvie Liegey, enseignante et présidente du Cinéma Familial de Chalindrey Accessibilité Pour fidéliser son public, André de Pont-à-Mousson mise sur les prix : “Chez moi, on peut venir deux ou trois fois dans le mois, au lieu d’une seule fois au Kinepolis”, explique-t-il. Ces bas tarifs attirent même des spectateur·ices venus de Metz ou de Nancy, prêt·es à faire le déplacement pour profiter de son second atout : la programmation. André, qui “regarde tous les films avant de les passer”, près de 300 par an, propose différentes séances entre cinéma grand public et séances pour enfants le week-end, et films indépendants ou d’auteur en semaine. Le tout à un tarif plafonné à 8,50 euros la place. À Chalindrey, les billets sont compris entre 4 et 6 euros maximum, “grâce au bénévolat”, précise Sylvie. “Chez moi, on peut venir deux ou trois fois dans le mois, au lieu d’une seule fois au Kinepolis.” André Carlotti, gérant du Cinéma Concorde de Pont-à-Mousson La question de la pérennité se pose néanmoins. “Le cinéma peut encore durer un moment, mais il faudra que les gens se l’approprient davantage, surtout les jeunes”, reprend la présidente. Aujourd’hui, le public est avant tout local : “Ce sont vraiment des gens du coin, âgés en moyenne de 60 à 80 ans.” Le collège a même renoncé à venir ici pour profiter du dispositif Collège au cinéma. Ils préfèrent se servir du Pass Culture mais “les bénévoles sont très âgé·es et ont du mal à utiliser ce système dématérialisé”, constate Sylvie. Grand distributeurs Pour ramener la jeunesse ultra-connectée aux plateformes en ligne au cinéma, il faudrait que la programmation soit d’actualité. Mais les petits cinémas ont du mal à accéder à la diffusion nationale. Si André parvient à tirer son épingle du jeu, à Chalindrey, les films grand public arrivent parfois jusqu’à 6 semaines après leur sortie nationale, quand ils ne sont pas tout simplement inaccessibles. “Les grands distributeurs se moquent des petites salles : on ne leur rapporte quasiment rien”, ironise Franck Mazzacavallo. Ancien exploitant du cinéma de Raon-l’Étape (Vosges), il assure aujourd’hui encore la programmation de plusieurs petits établissements de la région, dont Chalindrey. “Les grands distributeurs se moquent des petites salles : on ne leur rapporte quasiment rien.” Franck Mazzacavallo, programmateur de plusieurs petits cinémas de la région Il y a plus de 15 ans, Franck a participé à la création d’un réseau de petits cinémas du Grand Est, rejoints par d’autres communes rurales. L’objectif : peser davantage face aux distributeurs. “À l’époque, nos salles n’arrivaient pas à obtenir les films, parfois en septième semaine d’exploitation.” Le travail en réseau permet de changer la donne. “Aujourd’hui, quand je prépare une programmation, je peux annoncer aux distributeurs qu’un film sera projeté sur 40 à 50 séances, réparties sur tous nos cinémas.” Mais depuis 1 an, “même en réseau, on obtient les films plus tard qu’avant. On sent une pression de plus en plus forte des gros distributeurs et des grosses salles”, conclut Franck. __ Campagne Paradise — article tiré de Première Pluie magazine n°17, à découvir ici. Texte : Elisa Verbeke Photographies : Diego Zébina Graphisme (dans le magazine) : Mathilde Petit À lire aussi Cinéma Magazine Campagne Paradise — Cinéma et ruralité dans le Grand Est 09 Avr 2026 Comment les petites salles de cinéma rurales du Grand Est parviennent-elles à tenir face aux grands complexes et autres Kinepolis ? Et comment préservent-elles leur charme et leur lien avec un public qui fréquente moins les salles ? Pont-à-Mousson, Place Duroc (54) Sur la seule place triangulaire à arcades d’Europe, les boutiques et les commerces Cinéma Magazine Comment le Grand Est est devenu une région de cinéma ? 03 Avr 2026 L’Est a fait au cinéma une offre qu’il ne pouvait pas refuser. Des forêts vosgiennes aux rues historiques de Strasbourg ou Nancy, on voit de plus en plus ses décors s’inviter dans les salles obscures. Un engouement confirmé par la sélection de 5 films tournés dans la région lors du Festival de Cannes 2025. S’il Écologie Magazine Écoterrorisme, ZAD et robe de bure — L’histoire de Loïc Schneider 29 Jan 2026 Un moine accusé d’écoterrorisme ? C’est l’histoire du Meusien Loïc Schneider, maraîcher et militant écologiste. Montiers-sur-Saulx, Meuse, le 20 juin 2023, il est 8h30 du matin. Le soleil jaunit les champs de colza du village. Dans le jardin du voisin, les coqs continuent de chanter mais ne réveillent pas Loïc Schneider qui termine tranquillement sa À la loupeCartes postalesÉvènementsInterviewsLittératurePlaylists