< Tous les articles faits-divers Mode Des pieds et des meurtres — L’affaire Mamone Par Clara Hesse 19 septembre 2026 Vous aimez les baskets ? À quel point ? Un homme est mort à Thionville (57) en 2013 à cause de son goût pour les Nike TN. Son désir de respirer leur odeur après usage par autrui lui a valu 16 coups de couteau dans le dos. Cette histoire est vraie et cette pratique a un nom. Si un jour chez des ami·es, vous tombez sur un flyer « Soirée sneakers » sur la porte du frigo, il ne s’agit peut-être pas d’un DJ set dans une boutique de chaussures. Loin s’en faut. Dans le milieu gay on parle plus volontiers de « plan sket » ou de « cho7 » (vous l’avez ?), « sket » étant le diminutif de « baskets », l’un comme l’autre marquant le fétichisme lié aux chaussures de sport. Et bien souvent aux odeurs qui les accompagnent. Mais revenons aux origines. D’où vient ce fétiche ? Pour le comprendre, il faut remonter l’histoire de la fameuse Air Max Tuned de Nike, celle qu’on désigne par l’acronyme « TN » ou « Requin » pour les intimes. Tout commence en 2000 avec Les princes de la ville — l’album : celui du 113 ; Rim’K, AP et Mokobé — de ces trois rappeurs de Vitry-sur-Seine qui débarquent sur la scène des Victoires de la Musique, Nike TN aux pieds, pour recevoir le trophée de « Révélation de l’année ». Sans le savoir, ils annoncent l’éclosion d’un symbole intergénérationnel. “On est jeunes et ambitieux, parfois vicieux, faut qu’tu te dises que… Tu peux être le prince de la ville si tu veux.” 113, sur l’album Les princes de la ville À cette époque, la TN s’impose en France comme la chaussure du terrain. Pas celui du foot. Mais celui d’un décor bétonné. La TN plaît à la marge, à la banlieue, vissée aux pieds d’une jeunesse de quartier. La porter, c’est assumer un attachement à la rue, avec tous les attributs et attitudes qui l’accompagnent. Être celui que personne ne veut et qui ne veut de personne. Celui qui porte la TN, son jogging Lacoste rentré dans ses chaussettes, fait aussi l’aveu d’une certaine masculinité, assume un statut de dominant, un désir de puissance que la société lui interdit. Dans sa première vie donc, la TN est associée aux victoires de l’équipe de France de football, au Nokia 3310 et au rap français. Au fil des années, elle mute. Et d’autres communautés se l’approprient. Notamment celles qui s’interdisaient le droit de la désirer, comme la communauté gay. Ainsi, la TN devient un objet de fantasme. Et à chaque fantasme, ses déviances. Autrement dit : « Si tu kiffes, tu sniffes », pour les plus soft. Mais le délire va loin, au point de susciter l’envie de se faire piétiner ou recevoir une fellation le sexe noué de lacets. “Je me rhabille et je rentre chez moi avec mes skets pleines de son jus.” Un utilisateur du site Sketboy.com Internet regorge de trésors de documentation concernant ce qu’on appelle les « plans skets ». Des rassemblements de kiffeurs, pour qui la basket se change en fétiche érotique. Il y a 18 ans déjà, un internaute postait sur YouTube une vidéo toujours disponible intitulée « plan en sket tn et sox », où l’on peut voir deux jeunes hommes (visages non apparents à la caméra) se faisant face couchés dans l’herbe, s’adonnant à des caresses baskets contre baskets. L’acte le plus osé de la vidéo étant de se malaxer la plante des pieds, sans jamais enlever leurs chaussettes blanches Adidas en coton épais. Sur Sketboy.com, un site de porno gay clairement orienté sur ce fétiche, on trouve des vidéos nettement plus trash avec des tags aux noms évocateurs ainsi qu’un onglet consacré aux récits érotiques et autres témoignages écrits par les fans du site. Un jeune homme de 20 ans raconte dans une nouvelle plutôt hot et publiée en 2021 son « Premier plan sket » (c’est le titre) : “Yacine est en jogging Lacoste des cho7 blanches de kiffeur rentrées dans son jogg. Il va dans le salon s’ouvre une limonade et commence un joint. Il m’ordonne d’enlever ses skets et de bien sniffer. Ça sent le mâle et la sueur. (…) Je me rhabille et je rentre chez moi avec mes skets pleines de son jus.” Retrouvé sans vie, nu, sur le lit, une paire de baskets de marque Nike aux pieds. Et 16 coups de couteau dans le dos. Antoine Mamone n’aura pas connu ce happy ending-là. À 49 ans, l’ancien rockeur à la belle gueule d’écorché vif devenu ingénieur du son au Théâtre de Thionville utilise sur le site de rencontres GayPax le pseudo « Requin TN ». Lui aussi aimait sniffer les skets de ses partenaires. Il sera retrouvé le 1er février 2013, jour de son cinquantième anniversaire, dans son appartement, sans vie, nu, sur le lit, une paire de baskets de marque Nike aux pieds. Et 16 coups de couteau dans le dos. L’enquête a permis d’identifier un suspect, un certain Julien Fernandez, qui sera traduit devant les assises de la Moselle, où il écopera de 20 ans de réclusion criminelle en 2021, avant d’être acquitté l’année suivante à Nancy. Qu’est-ce qui a fait basculer les jurés ? Sur le short rouge, le flacon de poppers, la taie d’oreiller, les draps, le short ainsi que la paire de baskets aux pieds de la victime est isolé un ADN – X1 – jamais identifié à ce jour. Et qui n’est pas celui de Julien Fernandez. Mais peut-être celui d’un tueur en série fâché avec les plans skets. À ce jour, l’affaire Mamone reste un cold case. Alors… peut-être méfiez-vous du flyer : « Soirée sneakers ». __ Des pieds et des meurtres — article tiré de Première Pluie magazine n°19, à découvrir ici. Texte : Clara Hesse Graphisme (dans le magazine) : Valentine Poulet illustration de Une : Quentin Gomzé À lire aussi faits-divers Mode Des pieds et des meurtres — L’affaire Mamone 19 Sep 2026 Vous aimez les baskets ? À quel point ? Un homme est mort à Thionville (57) en 2013 à cause de son goût pour les Nike TN. Son désir de respirer leur odeur après usage par autrui lui a valu 16 coups de couteau dans le dos. Cette histoire est vraie et cette pratique a Interviews Mode Victor Weinsanto : « La tendance, ça ne veut rien dire » / Interview 17 Sep 2026 C’est l’histoire d’un jeune danseur alsacien, devenu l’un des créateurs de mode les plus en vue de la capitale. 32 ans, à la tête de sa propre Maison depuis quelques années, une robe dans Emily in Paris, ses créations sont sur Beyoncé, Theodora, Madonna et ses défilés s’enchaînent un peu partout. Chaud, chaud, Weinsanto. Comment Mode La mini-Jupe, entre lutte féministe et libéralisme 21 Sep 2021 La mini-Jupe, une ballade dans le vestiaire féminin au 20ème siècle, entre lutte féministe et libéralisme, par Laure Gaurois. À la loupeCartes postalesÉvènementsInterviewsLittératurePlaylists