< Tous les articles Magazine Sport Carton rouge — Les VSS dans le sport Par Clara Hesse 4 juillet 2026 Quand les victimes de violences sexuelles et sexistes font face à des auteurs dont les performances et les victoires sont par ailleurs louées dans le monde du sport, briser l’omerta médiatique ou espérer que la justice punisse ces derniers apparaît comme un match presque impossible à gagner. Analyse à travers 3 affaires criminelles mettant en cause des stars locales du sport. L’annonce au début de l’année du renvoi devant la justice de la star du PSG, Achraf Hakimi, pour viol sur une jeune femme en février 2023, a remis sur le devant de la scène la question des violences sexuelles et sexistes (VSS) dans le monde du sport. Or, il existe un terrain où règne encore une forme d’impunité face aux violences de ce genre : l’arène médiatique. Si le mouvement #MeToo a atteint les clubs et fédérations, les violences sexuelles et sexistes dans le sport restent largement synonymes d’omerta médiatique. Une loi du silence qui contribue à entretenir les doutes du public — souvent majoritairement composé d’hommes. “SALIR SA RÉPUTATION” Ozkan Kuyruk est sacré champion du monde de boxe française en 2013. Du haut de ses 24 ans, le gamin de Vandoeuvre-lès-Nancy (54) est devenu une gloire locale et un modèle d’intégration par le sport. Fils d’immigrés turcs, le jeune espoir a enchaîné les victoires pour finalement devenir la locomotive du club, l’un des plus réputés de France. Et un soft power inespéré pour la ville. Mais la belle histoire cache une face plus sombre : de serial lover avec sa drague lourde assumée, le boxeur est passé à serial violeur. Des faits qui finiront par le rattraper des années plus tard. À l’époque des premières dénonciations à son encontre, et malgré les rumeurs d’agression sexuelles, l’enfant chéri de cette famille très ancrée dans la vie associative et politique de la ville n’a jamais été inquiété, bien au contraire. En 2010, la première de ses victimes, accusée par les autorités de vouloir “salir sa réputation” a vu sa plainte classée sans suite. Quoiqu’on en dise, le sport célèbre volontiers les athlètes — majoritairement masculins — dont on relaie davantage les performances que les dérives. VERROUILLER L’ACCÈS À L’INFORMATION Et pour éviter que ces dérives ne viennent ternir l’image des sportifs auréolés, ces derniers peuvent compter sur les fédérations, les clubs ou encore leurs agents. En effet, la médiatisation des VSS se heurte rapidement à l’opacité qui caractérise le secteur, au sein duquel les sources sportives verrouillent l’accès à l’information et en font une affaire de négociation. Après 3 mois de pressions psychologiques de la part du club et de l’entourage du footballeur Olivier Verdon pour qu’elle garde le silence, Emma Zouggari, étudiante originaire de Yutz (57), dépose plainte contre lui, pour des violences, séquestration et menaces de mort. Des faits commis en Bulgarie, en novembre 2020, où Verdon évoluait alors au poste de défenseur central au Ludogorets Razgrad. Au moment du dépôt de plainte, l’entourage sportif proche du franco-béninois qui disputait les qualifications pour la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et devait faire l’objet d’un transfert juteux à plus d’un million d’euros, avait tout fait pour silencier la jeune femme. MINIMISER LES VIOLENCES OU DISCUTER LE CONSENTEMENT Les violences sexuelles et sexistes ne sont pas traitées et perçues de la même manière quand c’est une athlète connue qui les dénonce et qu’elle met en cause par exemple un entraîneur peu connu du public. À l’inverse, quand c’est un athlète homme qui est accusé d’être un potentiel agresseur et qu’en face on a une ou des femmes victimes qui ne sont pas des célébrités, il y a toute une série de mécanismes qui se mettent en place. Au-delà des termes utilisés pour minimiser ces violences — bien souvent on préfère parler de « gestes déplacés » que d’agressions sexuelles ou de viols — et qui participent à renforcer cette impunité, on a aussi pu largement remarquer les soupçons qui pèsent sur la parole de la plaignante. Que cherche-t-elle en portant plainte pour viol ? Ne ferait-elle pas tout ça finalement pour de l’argent ? Pour nuire à la carrière du sportif ? Ou alors juste pour le buzz ? À Nancy (54), en décembre 2025, au procès de Baptiste Valette, ancien gardien de but de l’ASNL, renvoyé pour viol aggravé, des faits commis fin 2019 sur une jeune fille de 18 ans à la sortie de l’Arq, une boîte de nuit bien connu des fêtard·es de la ville, le trentenaire est qualifié par l’expert psychiatre de “garçon immature, volage, narcissique, égocentrique, se remettant peu en question, qui a pu céder à une pulsion”. Pour autant, cela n’empêche pas le joueur d’évoquer une relation consentie là où il est question d’une pénétration anale en pleine rue, ni le président de la cour criminelle de discuter le consentement de la victime — notamment en se demandant “comment interpréter son silence avant ses premiers « non ».” Par de la sidération, peut-être ? LA JUSTICE TRIOMPHE TOUJOURS — OU PRESQUE Même si parfois le terrain de la justice est miné pour les plaignantes, on peut également constater que le match n’est — heureusement — pas toujours gagné pour les agresseurs présumés. Le boxeur Ozkan Kuyruk, dont la carrière a connu une chute libre après 2016 et la médiatisation des accusations dans la presse locale, a fini par être condamné. Si tout au long de ses procès, à Nancy comme en appel à Metz, il n’a fait que nier les faits ou affirmer qu’il s’agissait de relations consenties, le champion du monde de boxe française a été définitivement condamné à 17 ans de réclusion criminelle pour 6 viols et 4 agressions sexuelles. De son côté, si Baptiste Valette a été acquitté par la cour criminelle de Meurthe-et-Moselle, alors que l’avocat général avait requis 8 ans de réclusion criminelle à son encontre, l’ancien gardien n’est pour autant pas sorti d’affaire. Valette sera rejugé après un appel du parquet général. La date de son procès n’est pas encore connue, mais il devrait être audiencé à l’horizon 2027. Le footballeur qui évolue depuis au RC Grasse sera cette fois jugé par une cour d’assises composée de juré·es populaires — espérons que le jury ne compte pas trop de fans de l’ASNL… Seul Olivier Verdon semble s’en tirer. Selon les informations de So Foot, la plainte contre l’international béninois a été abandonnée pour infraction « insuffisamment caractérisée ». Ce qui ne veut pas dire qu’il n’a rien fait. Et ne nous empêchera pas de penser : carton rouge pour le parquet. __ Carton rouge — article tiré de Première Pluie magazine n°18, à découvir ici. Texte : Clara Hesse Graphisme : Mathilde Petit À lire aussi Magazine Sport Carton rouge — Les VSS dans le sport 04 Juil 2026 Quand les victimes de violences sexuelles et sexistes font face à des auteurs dont les performances et les victoires sont par ailleurs louées dans le monde du sport, briser l’omerta médiatique ou espérer que la justice punisse ces derniers apparaît comme un match presque impossible à gagner. Analyse à travers 3 affaires criminelles mettant en Interviews Sport Christophe Lemaitre : « Quand un stade de 60 000 personnes se tait, tu entends le silence. » 01 Juil 2026 Christophe Lemaitre est une légende de l’athlétisme français. Premier athlète blanc sous les 10s sur 100 m, multi-médaillé lors des grands rendez-vous, celui qui était surnommé le TGV de Culoz a notamment décroché une médaille de bronze aux Jeux Olympiques sur 200 m à Rio en 2016. Désormais coach sportif installé à Metz, on a Magazine Sport Strava pas la tête 28 Juin 2026 En quelques années, les influenceur·euses running sont devenus des stars, les run clubs ont fédéré des communautés, une nouvelle génération d’athlètes a pris le pouvoir et les résumés d’applications sportives sont les nouvelles certifications de performance. Comment on s’y retrouve ? En 2021, j’ai couru le marathon de Rome. J’étais très loin de la trentaine, À la loupeCartes postalesÉvènementsInterviewsLittératurePlaylists