< Tous les articles Magazine Sport 110 mètres haine — Les préjugés raciaux dans le sport Par Carol Burel 22 juillet 2026 Les préjugés raciaux dans le sport arrivent parfois déguisés en compliments. Certaines populations seraient naturellement plus fortes, plus agiles, ou plus douées dans une discipline. Et peu importe ce que dit la science. Les idées reçues courent souvent plus vite que les sprinteurs, et le mythe de l’avantage génétique des sportif·ves afrodescendant·es reste enraciné dans les croyances. “Dans mon entourage, il y a encore énormément de gens qui sont persuadés que les Noirs courent plus vite, parce qu’ils ont un avantage physiologique”, raconte Maryse Ewanjé-Epée, ancienne championne de saut en hauteur. L’athlète d’origine franco-camerounaise revient sur ces clichés qui relient certaines couleurs de peau ou origines à certaines capacités sportives. « Quand j’étais jeune, je croyais que je nageais très mal et que je ne flottais pas. On m’avait dit que les Noirs ne pouvaient pas nager. » Les amalgames sont présents dans toutes les disciplines, et concernent en particulier les athlètes africain·es et afrodescendant·es. En athlétisme, depuis les années 1940 — période où les Jeux Olympiques s’ouvrent aux athlètes africain·es — la domination des athlètes afro-américain·es ou afro-descendant·es est indéniable. Chez les hommes, sous les 10 s au 100 m, on ne compte que quelques athlètes blancs. Pourtant, réduire ces performances à un talent inné relève d’un raccourci sans aucun fondement scientifique. “Le champion naturel n’existe pas, un champion ça se fabrique.” Manuel Schotté, sociologue Le sociologue Manuel Schotté s’est penché sur la domination des coureurs marocains dans l’athlétisme français dans les années 1990. “Quand les coureurs marocains ont commencé à remporter beaucoup de compétitions, est venu s’imposer un discours très naturalisant et biologisant, qui voulait expliquer ce succès sportif par des propriétés essentielles.” Selon lui, ce type d’explication intervient lorsque les hiérarchies habituelles sont bousculées : “Quand la domination sportive vient subvertir les règles traditionnelles de la domination, on essaye de trouver à ces succès une explication biologique.” À l’inverse, lorsque les Européen·nes dominent, la question génétique est rarement invoquée. Dans les années 1920, ce sont les Finlandais qui dominent l’athlétisme mondial. Lors des Jeux Olympiques de Paris en 1924, ils remportent 37 médailles, dont 5 pour Paavo Nurmi, surnommé le Finlandais volant. À l’époque, les gens ont expliqué ces succès par le mode de vie des Finlandais « proches de la nature ». “Le champion naturel n’existe pas, un champion ça se fabrique”, affirme Manuel Schotté, pour qui le don passe sous silence l’ensemble de conditions nécessaires pour atteindre le meilleur niveau. Le sociologue décrypte un glissement sémantique autour de cette notion : “Au lieu de dire, il est doué car il est fort, on s’est mis à dire : il est fort car il est doué”. Le chercheur rappelle qu’au début du XXe siècle, le Maroc est un protectorat français. Les colons introduisent leurs pratiques sportives et leurs hiérarchies : certains sports leur sont réservés, d’autres sont accessibles aux populations indigènes. La course à pied devient l’un des rares espaces ouverts. À mesure que les Marocains y excellent, les colons s’en retirent, incapables d’accepter la défaite face à ceux qu’ils considèrent comme inférieurs. Le succès appelle alors une explication simpliste : « ils sont faits pour ça ». Depuis, l’idée a été intériorisée, les politiques publiques marocaines ont investi de l’argent dans le domaine, créé des centres de formation et des entraînements intensifs spécifiques. En Jamaïque, où l’athlétisme est un sport national, les talents sont détectés et formés très tôt. Au Kenya, des structures d’entraînement aux méthodes très intensives, comme la faculté Saint-Patrick à Iten, participent à produire des champion·nes. Autant de facteurs qui n’ont rien de « naturels ». Sports de Noirs, sports de Blancs. Les préjugés raciaux dans le sport ont par ailleurs un effet de « prophéties autoréalisatrices » qui font rentrer dans la tête des athlètes qu’ils et elles seraient plus « fait·es » pour certains sports que pour d’autres. Il y aurait ainsi des « sports de Noirs » et des « sports de Blancs ». Maxence Marlot, ancien nageur de haut niveau franco-congolais, revient sur son expérience dans ce qu’il appelle un “sport de Blancs”. “J’ai été confronté à du racisme banalisé, des blagues, de la part des gens du club.” Comme quand il livre une moins bonne performance : “Si t’avances pas c’est parce que t’es renoi.” Des remarques qui ne s’arrêtent pas aux lignes d’eau : “Si j’arrivais en retard une fois, on reliait tout de suite ça à mon origine congolaise.” Le Rémois se classe très vite parmi les meilleurs : “Peut-être que ça m’a boosté, pour prouver que j’étais à la hauteur. Mais je connais des nageuses et nageurs racisé·es qui ont arrêté en partie à cause de remarques de ce genre.” Samuel, 24 ans, est escrimeur de haut niveau. Il affirme ne jamais avoir ressenti de discrimination vis à vis de sa couleur de peau dans la pratique de sa discipline. Toutefois, lors des préparations physiques (musculation, cardio), il est avantagé et on a souvent fait le lien avec sa couleur de peau. Lui-même ne peut pas s’empêcher de penser qu’il y a du vrai là-dedans : “Je pense que l’origine joue sur les capacités physiques. Dans les sports comme l’athlétisme, cardio, où c’est vraiment physique, les Noirs dominent. Dans les sports comme la natation, c’est plus les Blancs” , juge-t-il. Les « Football Leaks » ont révélé l’existence d’un fichage ethnique des joueurs du PSG à la sélection. “Bien sûr qu’on intériorise certaines choses et qu’on les véhicule”, estime quant à elle Maryse Ewanjé-Epée, devenue présidente d’un club d’athlétisme : “J’ai déjà entendu un de mes athlètes me dire, ‘tu sais, moi je suis Antillais, donc j’y vais doucement.’” L’ancienne athlète pointe aussi du doigt les préjugés raciaux des centres de sélection. “Sur un terrain de foot, entre 2 gamins, les entraîneurs vont choisir les Noirs.” En novembre 2018, les « Football Leaks » ont révélé l’existence d’un fichage ethnique des joueurs du PSG à la sélection. Les joueurs Noirs sont décrits comme “costauds et physiques, mais pas intelligents”, tandis que les Blancs seraient “plus techniques et plus tactiques”. Un constat que Maryse Ewanjé-Epée déplore : “Si avant le moindre test, on vous oriente déjà vers l’épreuve qu’on suppose la meilleure pour vous, c’est effectivement prédéterminé.” Une forme de discrimination « positive » ? “Le sport, pour moi, est un endroit où il ne devrait pas y avoir de discrimination, où seules les performances devraient jouer.” __ 110 mètres haine — article tiré de Première Pluie magazine n°18, à découvir ici. Texte : Carol Burel Illustration : Stella Murphy Graphisme : Mathilde Petit À lire aussi Magazine Sport 110 mètres haine — Les préjugés raciaux dans le sport 22 Juil 2026 Les préjugés raciaux dans le sport arrivent parfois déguisés en compliments. Certaines populations seraient naturellement plus fortes, plus agiles, ou plus douées dans une discipline. Et peu importe ce que dit la science. Les idées reçues courent souvent plus vite que les sprinteurs, et le mythe de l’avantage génétique des sportif·ves afrodescendant·es reste enraciné dans Magazine Sport Duché gagnant — La culture sportive au Luxembourg 16 Juil 2026 “Statistiquement, c’est clair : on a moins de Luxembourgeois qui accèdent au très haut niveau”, se lance Raymond Conzemius, le président du Comité Olympique et sportif du Luxembourg (COSL). L’organisme accompagne les athlètes du Grand-Duché dans les compétitions internationales. Deux slalomeurs luxembourgeois ont participé aux derniers Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina — et en sont reportage Sport Quilles vivra verra — Le Mölkky en Lorraine 13 Juil 2026 Un loisir de Parisiens en mocassins ? Vraiment pas. En Lorraine, terre de records, le Mölkky, c’est du sérieux. 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