“Statistiquement, c’est clair : on a moins de Luxembourgeois qui accèdent au très haut niveau”, se lance Raymond Conzemius, le président du Comité Olympique et sportif du Luxembourg (COSL). L’organisme accompagne les athlètes du Grand-Duché dans les compétitions internationales. Deux slalomeurs luxembourgeois ont participé aux derniers Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina — et en sont revenus sans médaille. Il faut dire qu’à l’échelle du sport mondial, le Luxembourg part avec un handicap structurel : une population limitée d’un peu plus de 600 000 habitant·es qui réduit mécaniquement le vivier d’athlètes.

Mais si la quantité fait défaut, le pays s’efforce de transformer cette faiblesse en levier. “Le point fort du Luxembourg, c’est qu’on a la possibilité de s’occuper très bien de chaque individualité”, poursuit le président du COSL. Cette stratégie s’accompagne d’investissements ciblés. “Ils ont des infrastructures, beaucoup de testing, beaucoup d’accès dans l’aspect scientifique du sport”, observe Lina Simons, manageuse de la sprinteuse luxembourgeoise Patrizia Van der Weken : “Dès qu’il y a un petit potentiel montré, la fédération va investir de l’argent.” Certains athlètes ont par exemple une double nationalité luxembourgeoise, mais choisissent le Luxembourg, attirés par des conditions plus favorables. “En Belgique, [entre autres, ndlr], c’est plus difficile de recevoir des fonds”, note Lina Simons.

Sur-mesure

Longtemps, pourtant, cette approche est restée discrète. “Il n’y avait pas un grand niveau de performance donc il n’y avait pas vraiment de raison d’avoir de la visibilité”, retrace Lina Simons. Mais depuis quelques années, un basculement s’opère. “Quelques athlètes arrivent à se faire une place parmi les meilleurs du monde”, raconte-t-elle en pensant à sa protégée Patrizia Van der Weken. “Ça attire un peu d’attention ; les gens sont curieux”, poursuit Lina. Dans un petit pays, chaque succès résonne davantage : “Lors des records nationaux ou des premières médailles, la visibilité est plus grande.”

“Dès qu’il y a un petit potentiel montré, la fédération va investir de l’argent.”

Lina Simons, manageuse d’une sprinteuse luxembourgeoise

Cette montée en puissance se heurte à une limite plus profonde : “Un élément qui nous manque, c’est les groupes d’entraînement”, analyse Raymond Conzemius, le président du COSL. Et oui, car faute de concurrence interne, les athlètes doivent regarder ailleurs. “Les très gros sportifs luxembourgeois partent à l’étranger tôt ou tard”, observe Boris Saint-Jalmes, le rédacteur en chef de Mental.lu, un média entièrement dédié au sport luxembourgeois. “Un athlète ira faire des stages en Italie avec d’autres concurrents plus forts. Comme le Luxembourg est entouré de beaucoup de pays, ça reste faisable”, souligne Boris Saint-Jalmes. 

Identité nationale

Reste une tension centrale : celle entre ambition internationale et ancrage local. “Les Luxembourgeois ont envie de préserver identité et ancrage local”, souligne le rédacteur en chef de Mental.lu. Dans le football notamment, “le foot de village est très valorisé”, et “ils ont envie que ce soit des gens du cru qui représentent leur club.”

“Les très gros sportifs luxembourgeois partent à l’étranger tôt ou tard.”

Boris Saint-Jalmes, rédacteur en chef d’un média sportif luxembourgeois

Professionnaliser davantage signifierait peut-être gagner en compétitivité, mais au risque de diluer cette identité locale. “Tant que le championnat n’est pas professionnel, ça reste compliqué de progresser vraiment”, admet-il. À l’échelle internationale, le Luxembourg avance donc sur une ligne de crête, mais “les Luxembourgeois sont très attachés au sport”, conclut Boris Saint-Jalmes. 

Histoire 

Au fil du temps, le sport luxembourgeois s’est construit une histoire discrète mais ponctuée de coups d’éclat. Dès 1952, Josy Barthel offre au pays son plus grand moment en remportant l’or olympique sur 1 500 m à Helsinki, un exploit encore inégalé aujourd’hui. D’autres figures ont marqué les esprits, comme le cycliste Charly Gaul, vainqueur du Tour de France 1958 et du Giro, ou plus récemment Fränk Schleck et son petit frère Andy, vainqueur du Tour 2010. Ces succès isolés ont contribué à forger une culture sportive fondée sur des individualités fortes.

Malgré une présence limitée dans les grandes compétitions, le Luxembourg parvient régulièrement à exister sur la scène internationale. En tennis de table, en cyclisme ou en athlétisme, certains athlètes atteignent des finales européennes ou mondiales. Ces performances restent rares mais symboliques : elles entretiennent l’idée qu’un petit pays peut rivaliser ponctuellement avec les grandes nations sportives, à condition de miser sur des parcours d’exception et un accompagnement ciblé.

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Duché gagnant— article tiré de Première Pluie magazine n°18, à découvir ici.

Texte : Elisa Verbeke

Graphisme : Mathilde Petit